Toutes Griffes Dedans 3… et 4 !

 

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J’ai cent vingt-huit amis sur Facebook, c’est-à-dire bien plus qu’on ne pourra jamais en avoir dans quelque vie que ce soit. Je m’y suis inscrit il y a trois ou quatre ans ; je m’y fais des relations. Amicales, parfois un peu plus. Comme tout le monde, j’ai retrouvé quelques connaissances que je n’avais pas revues depuis l’école, rencontré de nouveaux visages. Virtuellement bien sûr, car nous vivons loin les uns des autres ou nous avons nos occupations et pas vraiment le temps de nous apercevoir en vrai. Nous nous contentons des mails, des commentaires sur nos pages ou de la messagerie instantanée. L’illusion du téléphone, mais sans la voix.
Non, en vérité, dans ma liste de contacts, je connais peu de gens et je ne leur parle pas très souvent. J’y vois surtout une façon comme une autre de m’informer. Ainsi, je suis en lien avec beaucoup d’écrivains de tous les genres. Pour la plupart, je n’ai jamais lu leurs livres, j’ignorais jusqu’à leur existence, mais si je vois que leurs œuvres peuvent m’intéresser, je les commande sur Internet et je les découvre. Honnêtement, je ne les lis pas toujours jusqu’au bout ; au moins je me suis un peu cultivé. C’est ici aussi que, de temps en temps, je leur écris pour leur dire mon trouble, mon admiration, ou ma déception quand le cas se présente. Dans ce cadre, l’échange est plus simple, informel, les réponses ne tardent pas. Il n’y a que lorsque je suis très impressionné que je n’ose pas procéder de la sorte, que je privilégie le courrier plus traditionnel, la lettre manuscrite ou le mail envoyé à l’adresse personnelle. C’est plus formel, moins familier.
Toujours est-il que c’est comme cela que j’ai connu l’existence de son livre. Bizarrement, je n’avais rien lu dans la presse avant que je découvre au détour d’une page amie le groupe qui lui est consacré ainsi que son profil personnel. Je n’ai pas osé le demander en ami, il m’intimide. Je lui dois tant sans qu’il le sache…

******

Lui, c’est Ronan Fardeze. L’auteur d’un premier roman. Sur le tard ; il n’est plus très jeune. Lorsque j’ai lu son histoire d’amour et de mort, je l’ai reçue en plein cœur. A coup sûr, elle est autobiographique. Il a vécu ce qu’il raconte, les fragilités, les blessures, l’incompréhension, et puis l’absence, la reconstruction… Nous nous ressemblons tant. Moi aussi j’ai bâti sur des ruines, j’ai dompté les silences, on m’a blessé certains jours, j’ai accusé les coups, j’ai dû crier pour que parfois on m’entende. Ou pour les faire taire. J’ai vu ma vie en miroir tout au long de ses pages. Dans ses mots, mes heures les plus sombres ont résonné, mes espoirs, mon énergie, une bonne partie de mes combats.
Il fallait que je le lui dise. Il fallait qu’il sache le lien qui nous unit. Une telle proximité est un signe du destin. Il va me comprendre. Il m’entendra. Je l’ai lu dans ses mots. Peut-être aussi pourrai-je le soulager. Il en a besoin. On n’écrit pas impunément un livre comme celui-là. C’est un signal qu’il envoie, un appel au secours, une bouteille à la mer lancée à qui voudra la voir. Et je l’ai vue. J’ai entendu son cri. J’ai lu ses désirs, deviné au travers de ses rêves. On se connaît, nous deux. Nous avons rendez-vous. Mais comment le lui faire savoir ? Comment lui raconter ce par quoi j’ai dû passer pour arriver jusqu’à lui ?Je ne pouvais pas utiliser Facebook, c’était bien trop banal. Alors, j’ai fait comme je fais toujours en pareilles circonstances : j’ai appelé son éditeur, son service de presse, les magazines qui parlent de lui ; je leur ai demandé son numéro de téléphone ; ils n’ont pas voulu me le donner. Je les comprends, ils se méfient. Je ne suis pas journaliste littéraire, ils n’ont jamais entendu parler de moi. Il y a tellement de fous, d’usurpateurs. Ils ne savent rien de ce qui nous rapproche ; ils n’ont pas su me prendre au sérieux. J’ai cherché sur le Net.

Il y a deux jours, j’ai trouvé où il travaille. J’ai obtenu son adresse, son numéro au bureau, sans doute celui d’un standard. Je ne l’ai pas appelé pour autant. C’est un auteur, un écrivain, avec pignon sur rue, sa photo dans les journaux, sa voix à la radio. On ne doit pas pouvoir le joindre si facilement… Et puis, j’ai beau exercer un métier public, je demeure un grand timide. Cette prise de contact me paraît trop intrusive, je la souhaite plus discrète. Donc j’ai continué à chercher. Jusqu’à ce que je remarque que son mail personnel figurait sur sa page Facebook. Sans doute était-ce dû à mon trac de lui parler, je ne l’avais pas vu jusque-là.
Je me suis mis devant ma feuille blanche. J’écris plus facilement avec un stylo et un papier qu’en tapant sur un clavier. Impulsivement, j’ai griffonné des bouts de phrases. Rien de convaincant. J’ai recommencé plusieurs fois. J’ai fini par arrêter. J’ai dormi trois petites heures et, au matin, vers 6 heures, j’ai repris du départ. Là, c’est venu tout seul. J’ai dû modifier une ou deux petites choses en recopiant mon texte sur l’ordinateur, c’est tout. Surtout, j’ai trouvé le truc : en le tutoyant, forcément je lui montrerai notre proximité ; ça lui sautera aux yeux. J’ai menti un peu, j’ai mis en scène. Je n’en ai pas honte : il doit recevoir des dizaines de messages comme le mien ; il fallait que je me distingue. Ce ne sont pas ces petits mensonges qui changeront la donne. On ment toujours un peu aux premières heures d’une histoire.
J’ai écrit ça :
« Bonjour Ronan,
Ton livre m’a tenu compagnie ces derniers jours. Par lui, je me suis replongé dans mes souvenirs. Tes mots m’ont permis de comprendre ce que, malgré le temps qui a passé, je n’avais sans doute pas encore compris, de me reconnaître dans ce que tu décris, de me sentir moins seul.
Je voulais te remercier, et surtout te féliciter pour ton courage. J’admire ta force. J’ignorais beaucoup des tempêtes que tu as dû traverser, et je suis très ému d’avoir pu mieux te connaître à travers ces pages que je n’oublierai pas.
Je te joins mon numéro de portable, que tu ne dois pas avoir. Cela me ferait plaisir d’en parler enfin avec toi.
A bientôt, j’espère.
Laurent »

Je me suis relu quelques fois, j’ai cliqué sur « Envoyer ».
Je détesterai qu’il se taise.

 

 

 

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5 réflexions sur “Toutes Griffes Dedans 3… et 4 !

    • Merci beaucoup Denise. C’est un roman, certes basé sur une histoire vraie, mais un roman quand même! Et heureusement, d’ailleurs !!! 😉 Plus d’explication dans le prochain post, je pense jeudi prochain. A bientôt.

      J'aime

      • Ok, je retiens que c’est un roman basé sur une histoire vraie. Mais lorsque je lis, peu importe le bouquin, c’est un peu comme si j’y étais. Ça devient une histoire vraie, c’est plus fort que moi, désolée 🙂

        Aimé par 1 personne

      • Nous fonctionnons de la même façon, alors ! 😉 Ces premiers chapitres sont là pour présenter ce livre qui sera la semaine prochaine sur Amazon, Kobo et peut-être iBook, en numérique et papier (sur Amazon). Bref, j’en serai plus bientôt ! 😉

        Aimé par 1 personne

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