Toutes Griffes Dedans 2

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Je m’appelle Laurent. Hormis ce que je viens de vous dire et deux ou trois choses que vous avez peut-être entendu dire, vous ne me connaissez pas. Depuis longtemps, je vis avec quelqu’un que j’aime plus ou moins, dans un espace trop petit pour que je me sente tout à fait libre. Enfant, je rêvais d’être journaliste. Je voulais écrire, interroger les autres, rencontrer des centaines de gens, ne faire que ça. Ça les faisait sourire ; ils pensaient mon ambition hors de portée. Ils me trouvaient trop timide, trop sauvage, pas assez débrouillard. Contre vents et marées, j’ai réalisé mon rêve, je les ai fait taire : oui, je suis journaliste. Indépendant, j’y tiens beaucoup.

Pour ceux à qui ce monde est étranger, cela signifie travailler de chez moi, gérer mon temps comme bon me semble, proposer des idées aux rédactions, des articles clé en main ou des reportages à bâtir ensemble. C’est courir la pige aussi, accepter que les jours passent, parfois les semaines, sans beaucoup de travail. Ces temps-ci, ce doit être la crise, je n’ai rien à faire. Heureusement, je ne sais pas ce qu’est le désœuvrement, je fourmille de projets, je ne m’ennuie jamais. Parfois, tout de même, mes quatre murs me pèsent. Alors je m’échappe, je prends ma voiture, je roule sans but. Au hasard de mes rencontres, il m’arrive d’en trouver un ; je m’amuse bien.

Lorsque je n’ai pas le courage de sortir, c’est-à-dire la plupart du temps, je me réfugie dans les livres. C’est là que je me sens le plus tranquille. Je me construis un monde, je déploie mon armure ; je suis seul dans l’histoire d’un autre, j’aime ça.

Je lis beaucoup, tous les jours, dès que je le peux. Je lis tout. Ou presque tout. La science-fiction me laisse de marbre, je préfère le réel, les expériences vécues, les témoignages, l’autofiction, tout ce qui peut éventuellement me parler de moi ou de ceux qui me sont plus ou moins proches. J’aime me reconnaître de temps à autre, me rassurer, rêver de ce que je pourrais être si la vie m’avait été plus douce. Quand ceux qui écrivent évoquent des drames, je me dis que je ne suis finalement pas à plaindre et je trouve une respiration. De temps en temps, je tente de me plonger dans des polars. Je fantasme sur les petites vengeances que j’aurais pu fomenter quand j’ai essuyé les coups les plus bas, encaissé les mots les plus durs, quand j’ai eu envie de les tuer. Il m’est arrivé de tomber sur des romans qui m’ont habité pendant longtemps. J’ai même écrit à certains de leurs auteurs pour leur dire l’émotion qu’ils m’avaient procurée. J’ai quelques lettres à la maison, que j’ai soigneusement conservées, de tous ces écrivains qui me remerciaient de mes messages, se disaient émus par le récit que je leur faisais de ma lecture et de ma vie puisque je la leur confiais de temps à autre. Je crois que ces gens, si je n’en ai jamais rencontré aucun, excepté dans l’exercice de mon métier, sont les seuls qui me sont vraiment proches, qui me comprennent tout à fait. Nous avons plus ou moins le même vécu, c’est ce que je leur dis toujours.

Je dois avouer toutefois qu’ils m’ont souvent déçu, les gens de lettres. Ils signent un livre, répondent une première fois mais, très vite, ils se font distants quand bien même ils se disent touchés. Je réponds en retour, c’est rarement le cas de leur côté. Aucun suivi. En ces circonstances, c’est assez simple : j’attends quelques jours, et je leur écris à nouveau pour leur dire ma déception, l’urgence de leur réponse. Eux se taisent. Définitivement.

Passons. Sur ces épisodes, je préfère rester discret. D’ailleurs, je n’en dis jamais rien à mon entourage. Ils me reprocheraient de ne pas savoir m’y prendre. Je les entends d’ici : on n’agit pas comme ça en société, je suis trop brutal, pas assez patient. Il paraît que je n’ai jamais eu aucune notion des conventions sociales, qu’il est étonnant que je n’essuie pas davantage de réprimandes au travail ; ils ont le même discours depuis des années, c’est fatigant. Du coup, je leur cache tout; je refuse leurs sarcasmes ou leurs colères quand ils estiment que je vais trop loin. Je n’ai pas de leçon à recevoir. De personne. C’est ma vie privée. Tant pis si je déplais. Je n’ai pas toujours mâché mes mots, je le reconnais. Je me suis un peu contredit, c’est vrai. Face à la déception, souvent on change d’avis.

A suivre… 

 

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2 réflexions sur “Toutes Griffes Dedans 2

  1. Continue encore tu n’as juste pas envie de jouer le jeu des conventions et si tu veux réessayer un polar, précipite-toi sur Cyanure de Laurent Loison……une grosse claque surprenante, déroutante et qui te fais réfléchir sur toi à la fin, par rapport à la justice et à la vengeance…Biz V.

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