Arrête avec tes mensonges

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@Maxime Reychman

Ceux qui me connaissent le savent : depuis que je l’ai découvert (sur le tard puisqu’il9782260029205 me fallut attendre « Les Jours fragiles », son cinquième roman), la petite musique de Philippe Besson m’accompagne et me transporte.  Rarement déçu, souvent ébloui, j’attends avec impatience chacun de ses livres. Comme un rendez-vous qu’on guette et qu’on savoure. Lentement ou avidement, tout dépend. Ce fut le cas récemment avec « Les passants de Lisbonne » (paru l’an passé), quand un jeune homme et une veuve solitaire font connaissance dans un hôtel du Portugal, qu’ensemble ils pansent leurs douleurs implacables, leurs deuils impossibles. « Les Passants de Lisbonne » est un roman d’amour et d’amitié magnifique, délicat, sobre, apaisé, qui donne le frisson. Exactement comme un fado où planerait l’âme d’un Pesao et d’une Amalia Rodriguez.

Mais parlons d’aujourd’hui. Car, disons-le d’entrée, si beau soit-il « Les Passants de Lisbonne » n’égale en rien son nouvel opus, « Arrête avec tes mensonges ». Sans aucun doute le meilleur livre de Philippe Besson. Si l’éditeur le présente comme un roman pour la arrete-avec-tes-mensongespremière fois l’écrivain se livre.Se livre totalement. Sans fard ni pudeur. Il l’a souvent dit, il l’a même écrit: jusqu’ici Besson racontait des histoires qu’il disait inventer; la vraie vie ne l’intéressait pas. Du moins dans ses livres. Bien sûr, il ne leurrait personne. On devinait derrière ses personnages, ses paysages, les maisons, les rues des villes ou les stations balnéaires qui habitaient ses romans, quelques grandes traces de lui. Pour autant, c’est vrai, la fiction prenait le pas. Il aura donc fallu patienter quelques seize romans, quelques chansons et de nombreux scénarii pour que, pour la première fois, l’écrivain se dévoile. « Arrête avec tes mensonges » est le récit autobiographique d’un amour de jeunesse. Le premier. Celui qui a compté. Dans une petite ville de province, au milieu des années 80, deux adolescents que tout oppose se retrouvent en secret pour des étreintes clandestines. Intenses. Forcément intenses. L’un se trouve mal avec son corps, pas très beau, trop efféminé, décalé mais se découvre, s’ouvre à la grandeur d’une vie qu’il ne mesure pas encore. L’autre possède une beauté solaire, pourtant il se fuit, nie l’évidence. Il sait déjà que sa vie à lui ne sera construite que par le mensonge et les illusions. Le bac arrive, leurs chemins inévitablement se séparent. Et la vie continue… L’un sans l’autre. Jusqu’à cette année 2007, quand Philippe Besson – de retour dans sa région natale – croit apercevoir le garçon aimé, jamais oublié. Alors, contre toute attente, le passé ressurgit, ses fantômes, ses cicatrices.

Dans cette langue qu’on lui sait si délicate, avec une acuité qui rappelle Marguerite Duras et Hervé Guibert qu’il admire tant, l’écrivain se fait orfèvre. Il raconte le désir et la honte, la mélancolie, les regrets. Il raconte l’amour fou. Le souvenir et sa force. L’ombre après laquelle toujours on court quand bien même on fait mine de l’avoir oublié. Alors, soudain, c’est toute son œuvre que Philippe Besson nous présente sous un nouvel éclairage. Mais si « Arrête avec tes mensonges » est le plus personnel de ses livres, sa force ne réside pas seulement là : en nous parlant de lui il nous parle de nous, de notre intimité la plus profonde. C’est cela, précisément, qu’on appelle la (grande) littérature. Et c’est intensément réussi.

« Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson, éd. Julliard, 194 pages, 18 euros.

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