La Prunelle de ses yeux

Et si ce site, depuis longtemps endormi, se réveillait un peu? Et si je m’y tenais, cette fois? Si je revenais plus régulièrement vous donner coups de cœur, coups de gueule, voire même vous déposer ici quelques écrits un peu plus personnels?

ingrid-desjoursPour sortir de ce long silence, commençons par un coup de cœur. Pour un livre venu d’une auteure que les lecteurs de ce blog connaissent déjà bien. Pour (re)commencer, oui, je veux parler d’Ingrid Desjours et de son nouveau roman, «La Prunelle de ses yeux» (Ed. Robert Laffont). Il sort aujourd’hui, 13 octobre. Alors, s’il vous plaît, faites-moi confiance. Passez outre les révélations fracassantes mais pas si surprenantes du Président. Patientez un peu avant de redécouvrir les mots et les chansons du nouveau Nobel Bob Dylan. Laissez de côté la saison des Prix qui s’apprête à débuter. Et filez en librairie pour réclamer le «dernier Desjours» !

On a l’habitude de présenter Ingrid comme la nouvelle reine du polar français. Voilà qui est bien réducteur. Chacun de ses romans nous conduit plutôt sur les rives du roman noir, très noir. De ceux qui prennent aux tripes, vous oppressent, vous rendent accros jusqu’à la dernière ligne, la dernière virgule, le dernier souffle. Au point parfois de vous laisser fébriles, sur le carreau. Par une fin qui vous interroge, vous prend à rebrousse poil, vous laisse sans mot. C’est exactement cela que j’ai ressenti à la lecture de « La Prunelle de ses yeux ». Accro de bout en bout, puis déstabilisé par la chute. Sacrément belle, autant vous le dire. Evidemment n’attendez pas de moi le moindre spoil! Pas même le début d’un indice sur cette conclusion qui m’a laissé sans voix mais qu’avec le recul j’ai beaucoup aimé. Pour vous laisser toute la surprise et la saveur des (nombreux) rebondissements, je me contenterai du pitch, donc.

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Gabriel est aveugle. Il est atteint d’un syndrome mal connu et terrifiant : la cécité de conversion. Un jour, à la suite d’un choc, ses yeux se sont voilés ; il n’a plus rien vu. Depuis, Gabriel avance comme il peut avec ses douleurs, ses traumatismes. Comment vivre, comment même survivre quand la chair de sa chair, son fils de 17 ans, s’est fait sauvagement assassiner? Comment respirer tout à fait quand on ne sait ni qui ni comment ni pourquoi? Des années plus tard, lorsque de nouveaux éléments surgissent, alors Gabriel sait qu’il n’a plus le choix: il doit faire justice lui-même. Mais pour cela doit-il encore trouver un guide qui lui ouvrira le chemin. En Irlande, il rencontre la jolie Maya, une jeune française solitaire qu’il embauche sans lui avouer ses intentions. Alors le duo part sur les routes, à la recherche de la vérité… qui n’est évidemment jamais là où on la croit. Surtout pas chez Ingrid Desjours.

Après avoir exploré notamment les thèmes de la radicalisation et des ravages médiatiques dans le très réussi « Les Fauves », l’écrivain dissèque ici (en prenant un appui scientifique) la violence gratuite, le phénomène de meute, les lâchetés et la haine, les dialogues impossibles aussi, ou les discriminations sexuelles, raciales et religieuses. Avec toujours – et c’est là la force singulière de son univers – quelques respirations qui nous mènent à la tendresse. Car il y a toujours dans ses récits, cachée derrière les événements les plus sombres, une quête de l’idéal bien souvent malmenée mais jamais perdue, jamais oubliée. Des histoires d’amour ni plus ni moins, qu’on croit en filigrane mais qui prennent l’air de rien une place centrale. Sans parler de la psychologie de ses personnages, toujours attachants quand bien même on les voit monstres, toujours intrigants quand bien même on les sait victimes, toujours fascinants quand bien même ils semblent venus du quotidien le plus banal ou le plus triste. C’est en passant au scalpel le tréfonds de leur âme, en décrivant leur folie, leurs névroses, leurs désespoirs qu’Ingrid Desjours nous les rend plus humains encore. Du travail d’orfèvre, impressionnant de précision. Et de talent.

« La Prunelle de ses yeux », éd. Robert Laffont, coll. La Bête noire, 402 pages, 20 euros. 

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