La force d’être « Vivant ! »

PRESSE A5

Au moment où sur les chaînes françaises débute le Sidaction, et si on parlait de cinéma?… D’un long-métrage documentaire, pour être précis.

Après son triomphe au Festival « Chéries Chéris » à Paris, puis -plus récemment- aux Festivals «Ecrans Mixtes» et «Les Ecrans du doc» à Lyon, «Vivant !» (c’est son titre!) poursuit son beau chemin: il sort mercredi prochain, le 1er avril, dans les salles françaises. «Vivant !» interpelle autant qu’il nous tient en haleine, nous bouleverse et nous fait sourire. Parce que le message qu’il délivre est essentiel, parce qu’il est aussi passionnant qu’attachant, il faut aller voir ce film. Et faire fonctionner le bouche-à-oreille pour transformer ce joli succès critique en un triomphe public mérité !

Le pitch? Ils s’appellent Eric, Vincent, Pascal, Matteo, Romain. Ils ont entre 23 et 46 ans et vivent à Paris, Lyon, Grenoble, Moulins, Rennes. Cinq garçons, séropositifs, que la préparation d’un saut en parachute va réunir. Entre ciel et terre, entre éclats de rires et confidences, entre les mots dits et ce qui ne peut pas se prononcer, le courage et la frayeur, l’un après l’autre tenteront de braver leurs peurs pour se jeter dans les airs…

 

Le réalisateur de «Vivant !», Vincent Boujon, a accepté de nous en dire plus sur cette aventure peu commune. De celles qui vous changent des vies… Mais avant de lui laisser la parole quelques mots de présentation s’imposent. Vincent Boujon a signé plusieurs courts-métrages de fiction repérés dans les festivals («La Pomme», «Boy Loses Girl») avant de se tourner vers l’écriture documentaire. Depuis, il a réalisé plusieurs films pour la télévision («Alice en Avignon », «Des Compagnons sur les tréteaux»…) ainsi que des films de prévention qui l’amèneront progressivement à s’intéresser aux questions liées au VIH. Parallèlement à son travail documentaire, il réalise aussi (pour des compagnies de théâtre et des orchestres classiques) des créations vidéo et des performances. J’ai rencontré Vincent au moment où il se consacrait au montage de «Vivant !». A chacune de nos rencontres j’ai vu son investissement, entendu la passion de son sujet dans chacun de ses mots. J’ai découvert peu à peu un homme pour qui l’écoute et l’empathie ne sont pas de vaines qualités. Un homme pour qui la générosité et l’attention sonnent non comme des vertus rares mais comme des évidences à partager. Que son film obtienne aujourd’hui ce bel écho me rend heureux. Pour lui comme pour ses cinq protagonistes que je ne connais pas. Puisse ce film en être seulement au tout début de sa belle aventure…

Vous l’aurez compris, accorder une place à «Vivant !» et à son auteur dans les pages du «Cœur a mes raisons» était pour moi bien plus qu’une évidence, un devoir, comme ma pierre minuscule à l’édifice. Un besoin, aussi, de partager ce coup de cœur avec vous et de vous inciter à courir voir ce film qui vous offrira à tous les coups des instants d’émotions pures. Belles. Sans pathos. Sans sensationnalisme. Juste de l’humain. Cela manque tant dans notre monde d’aujourd’hui…

Vincent Boujon :
«J’avais aussi envie de parler d’amour…»

Vincent BOUJON @Romain Desgrand

Vincent BOUJON @Romain Desgrand

Comment t’est venue l’idée de ce documentaire?
«Vivant !» est né de ma rencontre avec un membre de l’association AIDES qui animait alors un groupe de garçons séropositifs et qui souhaitait associer cette démarche à un support vidéo. De mon côté, je ne voulais pas refaire d’énièmes entretiens face caméra; cela a été fait mille fois! J’ai donc cherché une autre façon d’aborder le sujet… J’ai rapidement réalisé que les personnes vivant avec le VIH avaient besoin et envie de s’extirper du regard 
extérieur souvent empreint de compassion bienveillante. Ça m’a donné l’idée d’un film dont ces personnes-là seraient les héros,
 les aventuriers d’une guerre intérieure, mais aussi sociale. Je voulais aussi que tous les spectateurs puissent s’identifier, y compris ceux qui ne s’intéressent pas forcément au VIH. C’est là que l’idée du saut en parachute m’est venue: le saut représente quelque chose d’extraordinaire à faire et à vivre. Finalement, c’est un peu au spectateur de trouver le lien entre les deux.

Mais pourquoi spécifiquement le saut en parachute ?…vivant-01-bd
Peut-être parce que je l’ai fait moi-même, en avril 2010. Je m’interroge encore sur mes motivations, moi qui préfère ce qui m’est connu aux nouvelles expériences. Ce n’était pas une volonté de me surpasser ou de me prouver quelque chose, pas davantage que celle d’accomplir un exploit sportif. Juste une curieuse envie d’éprouver une fois l’intensité du temps et sa brièveté. L’envie aussi de découvrir l’espace avec mon corps, de me sentir petit et seul dans cet élément.
 Je garde en moi la seconde qui précède le saut, quand le pied décolle du plancher de l’avion, que la décision de sauter est prise et qu’on sait qu’il sera impossible de revenir en arrière. 
C’est à ce moment précis qu’on se révèle à soi-même: puissant et fragile, courageux ou inconscient, éphémère, et… vivant!

Comment as-tu choisi les protagonistes? Et pourquoi seulement des hommes?
A AIDES, j’ai rencontré un groupe de garçons. Plusieurs d’entre eux avaient une grande envie de témoigner à visage découvert, et l’idée d’un saut dans le vide les a séduits. Ensuite, il était important d’enrichir le débat et de nourrir l’aventure avec d’autres témoignages, même si ces personnes ne souhaitaient pas sauter. Mais ce film ne se circonscrit pas à la séropositivité: j’avais aussi envie de parler de sentiments, d’amour, ceci à travers la parole d’hommes. Comment, en 2015, vit-on ou souffre-t-on de relations amoureuses? Cette parole-là (je veux dire, venue d’hommes) n’est pas assez présente dans le cinéma, y compris dans le documentaire. Les femmes se révèlent plus facilement que nous. Alors, cette capacité à se confier a été un élément important dans le choix des participants.
D’autre part, j’ai eu la volonté délibérée de choisir des hommes gays car je savais que je ne pouvais pas être exhaustif. Raconter la vie avec le VIH sous cet angle restreint m’intéressait parce que je suis un homme, que je suis homo et que je sais m’adresser à ce public. J’avais envie de tester le rapport au groupe qui existe depuis le début de l’histoire du sida: des jeunes hommes qui ont dû s’emparer de leur destin, de leur santé communautaire et s’entraider à travers une sexualité et une pathologie communes qui les ont fédérées. Et puis, un aérodrome, c’est aussi un univers presque exclusivement masculin.

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Quelle a été l’ambiance pendant le tournage?
Nous avons beaucoup ri! Le tournage a marqué tout le monde : les protagonistes, les salariés de l’aérodrome, l’équipe technique… Nous avons vécu des moments extrêmement touchants aussi, très intenses.

Justement, la force de ton film est d’alterner les moments d’émotion à l’humour. Malgré le sujet, on rit souvent devant «Vivant !»…
Je savais leur capacité à être drôle et à émouvoir, parce que j’avais été touché 
par leur parole. J’aime ce type d’humour gay, d’«humour pédé», comme il y a un humour juif. C’est un humour… d’oppression, ou de minorité plutôt. Une autodérision qui me plait bien. Accepter de ne pas être à l’aise, d’être ridicule, c’est complètement assumé, et parfois même sur-joué. En tout cas on le vivait et on en riait ensemble!

vivant-03-bdAu final qu’ont retiré ces cinq garçons de cette expérience peu commune?
Au fil du tournage un rapport amical s’est instauré entre eux, mais aussi avec l’équipe technique du film. Une partie d’entre eux a envie de sauter à nouveau, sans caméra cette fois. Surtout, le fait de témoigner pour la première fois les a beaucoup changés. Ils acceptent davantage d’évoquer leur séropositivité, désormais. Ils ont même une profonde envie d’en parler encore, et -pourquoi pas?- d’être les étendards des différentes problématiques que toute personne séropositive peut vivre. J’ai pu le constater à chaque avant-première du film: ils aiment rencontrer le public, répondre à ses questions. D’ailleurs, une partie de ce public aussi a vu sa parole se libérer. Certains sont venus nous remercier: après avoir vu «Vivant !» ils ont trouvé la force de parler à leur entourage. Evidemment chaque fois cela me fait un grand plaisir…

Et toi, ce film t’a-t-il changé?
Je suis devenu militant à Aides, et cette expérience a nourri ce film. Ce n’est pas la première fois que j’aborde la question du sida dans mon travail, et cette thématique m’intéresse beaucoup en ceci qu’elle soulève d’autres problématiques: les discriminations, la différence etc…

As-tu été surpris une fois le film terminé? Je veux dire, as-tu fait quelques découvertes inattendues, vécu des choses auxquelles tu ne t’attendais pas?…
Pas mal, oui. Ce film a permis à certaines personnes n’ayant à priori pas d’intérêt pour ce sujet d’y porter attention.
 Pour un public hétéro, l’identification à un groupe de garçons gays paraît à priori difficile, et j’ai été surpris par les retours de personnes (qui avaient parfois plus 
de 70 ans) hétéros – ou qui se définissaient comme ça -, et qui n’étaient pas du tout touchées par le sujet du VIH. Ils se sont sentis complètement concernées par ce que vivaient les personnages. Ça, oui, ça a été une surprise, même si c’est ce que j’espérais avant de réaliser ce film!

Vincent Boujon


Le site internet du film :
 http://www.vivant-film.com

Et la page Facebook: http://www.facebook.com/vivantfilm?fref=ts

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