Vues d’auteur 10 – Dominique Dyens

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©David Ignaszewski/Koboy.

Qui a la chance de l’avoir déjà croisée le sait : Dominique Dyens est aussi délicieuse que ses romans sont délicats… Et frissonnants. Car, au fil de son œuvre déjà riche de six romans, l’écrivaine est devenue l’une des reines du thriller français. Des romans noirs, qui explorent le milieu bourgeois, ses paradoxes, ses codes et ses enfermements. Dans l’univers de Dominique Dyens, souvent le désir meurt, le couple explose; et l’adultère, bien qu’inévitable, pèse puisque rongé par le poids des conventions sociales. Face à la peur du regard des autres, le jeu des apparences toujours dirige et empêche. Alors, au fil de ses pages, le suspens et l’angoisse montent, la tension grimpe… Claude Chabrol ne renierait pas le petit monde dépeint par Dominique Dyens.

Il y a quelques semaines, paraissait son dernier opus, « La Femme éclaboussée ». Pas tout à fait le dernier, en vérité. Car par la grâce d’une nouvelle collection lancée par son éditrice Héloïse d’Ormesson, Dominique voit en fait revenir en librairies son tout premier livre paru il y a déjà quatorze ans!
Le pitch? Catherine Salernes coule des jours bien trop tranquilles dans son chic appartement du 17eme arrondissement parisien. Mère de deux enfants elle entretient avec eux des relations difficiles. Son mari ne la regarde plus. Quant à sa détestable belle-mère, elle lui rappelle sans cesse ses origines pauvres comme pour mieux lui signifier ce qu’elle leur doit. Pour rompre la monotonie et couper avec sa persistante dépression, Catherine prend un jeune amant. Mais elle tremble : certes, elle est folle amoureuse, renoue avec le désir, le plaisir… mais si quelqu’un venait à l’apprendre? Elle serait contrainte de divorcer, et de retourner à sa vie d’autrefois, bien trop modeste… Lorsqu’elle reçoit une lettre anonyme, tout bascule… Il faut absolument lire «La Femme éclaboussée». Parce qu’il campe une histoire pleine de tensions (sexuelles, sociales, morales…) qui, peu à peu, nous angoisse et rend accro. Et parce qu’il pose déjà tous les thèmes des futurs livres de Dominique Dyens.

51VV0RN9QSL._SY300_Pour ma part, c’est dès son deuxième livre, «Maud à jamais» (éd. Denoël, 2002) que je l’ai découverte et lue. Avec plaisir, et même jubilation. Il y eut ensuite «C’est une maison bleue» (éd. Denoël, 2003), puis le caustique «Eloge de la cellulite et autres disgrâces» (éditions Héloïse d’Ormesson, 2006). Sans oublier «Délit de fuite» (2009), «Intuitions» (2011), et «Lundi noir» (2013).
Après un entretien réalisé pour le magazine auquel je collaborais (ce devait être en 2003), nous sommes restés en lien par quelques mails réguliers. Mais c’est seulement à l’inauguration du dernier Salon du Livre qu’enfin pour la première fois nous nous sommes croisés «pour de vrai». C’est là que je l’ai conviée à rejoindre la belle liste d’invités de ces «Vues d’auteurs».

Pour plus d’infos, son site internet est  ici.

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Dominique Dyens :

« Voir son premier roman revenir en librairies ?
C’est comme revoir son premier amour… » 

«La Femme éclaboussée» vient de ressortir dans une nouvelle collection. Peux-tu nous en parler ?
Oui, c’est une collection Suspens au féminin que lance mon éditrice Héloïse d’Ormesson. Partant de la constatation que beaucoup de lecteurs férus de thrillers, de polars et de suspens psychologiques n’allaient pas toujours en littérature générale découvrir des auteurs, et que certaines d’entre-nous écrivions principalement des suspens psychologiques, Héloïse d’Ormesson a estimé – à juste titre je crois -qu’il y avait un vide à combler et que cette nouvelle collection serait la meilleure façon de favoriser la rencontre avec ce public-là. D’ailleurs, certains de mes romans précédents, et particulièrement «Intuitions», «Délit de fuite» ou «Lundi noir», se prêtaient déjà à cette collection…

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur ce livre, ton premier roman? Tient-il une place particulière dans ton cœur?
Je porte d’abord un regard étonné car j’ai constaté à la relecture de ce premier roman paru en 2000, qu’il continuait de bien fonctionner, ce qui m’a soulagée car je n’aurais pas aimé y apporter de modifications. Ensuite, moi qui avais longtemps réfuté le vieil adage selon lequel on passe sa vie à écrire le même livre, je me suis rendue compte que les thèmes que j’aborderai dans les six romans qui suivraient étaient déjà contenus dans celui-ci. C’est assez étrange d’analyser ça a posteriori…
«La Femme éclaboussée» n’est pas tout à fait un livre comme les autres. Je me souviens de mon bonheur à être publiée et de ma fierté lorsque j’ai vu ce livre pour la première fois, d’abord chez mon éditeur, puis en librairie. Je me souviens, j’avais dit à l’époque à Pierre Assouline (qui n’était pas étranger à a publication de ce roman) que j’étais «sur un petit nuage». Il m’avait répondu «Restez-y le plus longtemps possible !» Il savait de quoi il parlait !

Le voir revenir dans les rayons des librairies doit provoquer un sentiment particulier, non?
C’est comme revoir son premier amour. On n’éprouve plus les mêmes émotions qu’autrefois mais le souvenir des émotions, lui, reste intact.

S’il te fallait décrire ton univers…
Drames bourgeois, couples au bord de l’implosion, femmes (et parfois hommes) blessées par la vie…Tout cela sur fond d’adultères, de désirs et de perte de désirs avec toujours en filigrane, la folie et la manipulation…

Où puises-tu ton inspiration?
Je ne sais pas… Dans l’observation des gens. Dans mon imagination… Mes rêves… Mes névroses peut-être!

Des grands modèles?
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Georges Simenon, je pense. C’était un écrivain « social », un merveilleux portraitiste des gens blessés… Il décrivait aussi formidablement les lieux et les atmosphères. Adolescente, je dévorais ses polars, et tout cela me touchait et m’emportait bien davantage que les intrigues elles-mêmes… Et puis, bien sûr, plus tard il y a eu les reines américaines comme PD James, Ruth Rendell, Patricia Mac Donald… Même les premiers romans de Mary Higgins Clark étaient très bien…

Et quelle part pour l’autobiographique dans tes livres?
A priori aucune… Mes personnages sont tellement fêlés, non? 🙂 Mais je me suis souvent dit que mon dixième livre serait autobiographique… Cela me laisse encore deux-trois romans de répit…

Ils sont souvent très cinématographiques. D’ailleurs, on te compare beaucoup au cinéma de Claude Chabrol. Rêverais-tu de les voir un jour adaptés?
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Oui, j’en ai très envie. Je pense que c’est un rêve total pour un écrivain de voir ses personnages prendre vie à l’écran ! A l’époque Catherine Deneuve incarnait ma femme éclaboussée tant l’image et la présence de l’actrice m’avaient accompagnée pendant l’écriture du roman. Si quelqu’un peut faire lire «Délit de fuite» et «La femme éclaboussée» à François Ozon ou à d’autres réalisateurs de talent, j’en serais ravie!

Depuis quand écris-tu?
J’ai commencé à écrire des romans il y a dix-sept ans. A la naissance de mon troisième enfant. Mais adolescente, j’ai tenu un journal pendant des années. C’est aussi de l’écriture…

Et, vaste question, pourquoi?…
Pour canaliser mon imagination peut-être. La question serait plutôt pourquoi j’ai attendu si longtemps?

Des projets?
Un roman en préparation. Suspense psychologique encore. Un projet de série télévisée co-écrite avec mon ami scénariste et écrivain Marc Quentin et qui n’attend plus qu’un chouette producteur. J’aimerais aussi prendre le temps d’écrire une pièce de théâtre. Le problème c’est que j’ai au moins deux à trois sujets de romans en attente et que je n’écris pas très vite!

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©David Ignaszewski/Koboy.

Mais encore…

 Des rituels d’écriture?
Tous les matins, quoi qu’il arrive. Un mug de café à côté de moi. Depuis cette année, j’ai enfin un petit bureau. Une pièce minuscule et très dépouillée.

Une baguette magique et tes rêves d’écriture sont réalisés, oui mais lesquels?
Un scenario de film, une pièce de théâtre et surtout «mon grand livre», c’est-à-dire évidemment celui que je n’ai pas encore écrit!

Des livres, des chansons, des films que tu aimes…
Trop de livres, trop de films… Quand on me pose cette question, j’ai comme un court-circuit dans ma tête et je n’ai plus aucune mémoire… Quant aux chansons, je dois t’avouer que j’ai une tendresse particulière pour beaucoup de chansons françaises qui passent sur Radio Nostalgie ! 🙂

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