Vues d’auteur 8 – Carole Fives

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A partir de quand devient-on un(e) habitué(e) de ce blog? Si c’est deux, alors Carole Fives l’est! Ceux qui suivent « Le cœur a mes raisons » depuis longtemps le savent: j’ai 9782757833360déjà parlé ici de son formidable premier roman, «Que nos vies aient l’air d’un film parfait», paru à la rentrée 2012 (désormais disponible en poche chez Points). Un roman sur la fin de l’enfance, sur les douleurs de l’arrachement, le manque, tous ces drames si tristement quotidiens dès lors qu’il y a divorce dans une famille (mais je ne vais pas me répéter, la chronique du livre est à lire ici).

Ecrivain, illustratrice, plasticienne, Carole Fives est une artiste multicartes, à la personnalité et à la voix singulières. Et sacrément attachantes. Ses livres? Ils s’adressent aux adultes pour certains, aux enfants ou aux adolescents pour les autres. Ainsi, même si ni vous ni moi à priori ne correspondons à cette dernière tranche d’âge, je vous invite -pour mieux connaître l’univers deCapture d’écran 2014-04-16 à 16.14.47 l’écrivain et parce que vous risquez d’aimer rajeunir, croyez-moi!- à lire son tout nouveau «bébé», «Modèle vivant», un roman qui paraîtra à la fin mai à l’Ecole des loisirs. Lisez aussi «Honte de tout», des nouvelles pour les ados que les plus vieux aussi aimeront tout autant (éd. Thierry Magnier, 2013). Ou encore, pour les plus petits «Dans les jupes de maman»  (avec Dorothée de Monfreid, éd. Sarbacane, 2013).

quand_nous_serons_heureuxAu rayon adultes? Outre «Que nos vies aient l’air d’un film parfait», il faut aussi citer un recueil de poésie, «Il vaut mieux ici qu’en face» (avec Carl Norac, éd. Escale des Lettres/La Nuit Myrtide), «Ca nous apprendra à naître dans le Nord» (co-écrit avec Amandine Dhée, éd. La Contre-allée). Et surtout «Quand nous serons heureux» paru il y a déjà quatre ans (éd. Le Passage). Trente-et-une nouvelles unanimement saluées par la critique. Trente-et-une histoires fortes dans les pas de paumés, de bourreaux ou de victimes, de blessés de la vie qui, tous, décrivent leurs jours gris, en mentant parfois, juste pour faire illusion. Jusqu’à ce que les mots les rattrapent et soulignent leurs petites lâchetés, leurs blessures, leurs névroses. Du DRH cynique au photographe pervers en passant par l’adepte de la chirurgie esthétique, la victime de viol ou la femme battue, Carole Fives appuie avec un sacré talent là où ça fait mal. Dans une langue belle, énergique et dépouillée. Qui fait mouche à tous les coups.

C’est d’ailleurs après la publication de ce livre que nous nous sommes rencontrés, juste après que celui-ci ait été couronné par le Prix Technikart et par celui des Jeunes Talents Fnac. Nous étions alors au Salon de Limoges où nous signions nos livres côte à côte. Ce dimanche matin-là, deux acteurs d’un célèbre feuilleton télévisé (vous savez, celui qui dit que la vie est encore meilleure sous le soleil du sud!) venaient aussi dédicacer leurs œuvres, et sous le chapiteau où se tenait la manifestation on frôlait l’émeute. Enfin, près de leurs stands, l’émeute! Parce que pour les autres… Ces allées désertées tant que les acteurs étaient présents, nous les regardions avec effarement, jusqu’à ce que l’envie de nous en amuser nous saisisse. Un formidable fou rire s’ensuivit (auquel se joignit notre voisine de circonstance, Emmanuelle Friedmann). Un fou rire qu’on n’oubliera pas de sitôt! Depuis, Carole et moi ne nous sommes pas revus -elle dans sa région lilloise, moi à Paris- mais nous correspondons de temps à autre, toujours avec plaisir. J’aime sa plume, j’aime son univers souvent noir ou gris foncé, j’aime sa sensibilité. Et, on l’aura compris, j’aime son humour aussi. Autant d’excellentes raisons pour lui laisser aujourd’hui une place ici.

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Carole Fives :

« Ecrire me donne le sentiment de justifier mon existence»

Un recueil de nouvelles, un autre de poésie, un roman, des livres pour la jeunesse. L’écriture est-elle forcément différente?
L’écriture n’est jamais différente; j’écris, c’est tout. Je laisse ensuite le soin aux éditeurs, aux libraires, aux bibliothécaires, de juger de ce que c’est, et du lectorat auquel cela s’adresse.

Ton univers littéraire répond-il à tes créations de plasticienne, ou les considères-tu comme deux chapitres différents de ta vie?
Il y a beaucoup d’interactions entre littérature et arts plastiques dans mes textes; on me dit que j’ai une écriture très visuelle, et la peinture joue un rôle important dans certains de mes textes, comme mon prochain roman, «Modèle vivant», à paraître en mai à l’Ecole des loisirs. C’est un Autoportrait d’Abel de Pujol, vu au Musée de Valenciennes puis retrouvé au Musée du Louvre Lens, qui est au cœur de ce roman, dont la jeune narratrice est étudiante aux Beaux-arts.

Ton premier livre «Quand nous serons heureux» a reçu le Prix Technikart et celui des Jeunes Talents Fnac. Comment vit-on cela? Au delà de l’honneur, l’as-tu vécu comme une pression supplémentaire, par exemple?
Oui, on a toujours peur que le prochain livre soit moins bien reçu, que les gens se disent que tout ça n’était pas mérité. J’ai le complexe de l’imposteur depuis toujours, en littérature comme ailleurs… Mais c’est aussi stimulant!

S’il te fallait décrire ton univers…
Oh c’est difficile! Les thématiques qui m’intéressent sont l’art contemporain, la famille, les relations humaines, la solitude, la société du spectacle…

 Un auteur, dit-on, met toujours de lui dans ses livres…
Oui, bien-sûr. J’ai l’impression que ma génération n’hésite plus à dire «Je», à mélanger récit-roman-autofiction. Le «Je» n’avance plus masqué!

Au fait, c’est qui, Carole Fives, dis-moi?
Oh la la… Il faudrait demander à mes amis. C’est impossible, pour moi, de me définir…

Depuis quand écris-tu?
Depuis toujours, dans des journaux, des carnets… Mais j’écris de la fiction, avec l’intention de publier, depuis 2006.

Et… pourquoi?
Pour vivre bien!

Ecrire a changé ta vie?
Oui, écrire me donne le sentiment de justifier mon existence, comme le fait de peindre aussi. Si je ne crée pas, je n’ai pas l’impression de mériter ma place sur Terre!

Des projets ?modele-vivant-carole-fives-9782211215435
Il y a donc ce roman jeunesse à paraître  à L’école des loisirs, «Modèle vivant».Un album jeunesse qui vient de sortir, «Est-ce que la maîtresse dort à Capture d’écran 2014-04-16 à 16.54.25l’école» (à L’école des loisirs également).Un roman de littérature générale en cours d’écriture. Un projet de documentaire sur l’art contemporain aussi. Ah, sinon j’ai un bébé en cours. Et une résidence d’écriture en Lettonie le mois prochain!

Mais encore…

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Des rituels d’écriture?
Aucun, je déteste les rituels.

Une baguette magique et tes rêves d’écriture sont exaucés. Oui, mais lesquels?
Ecrire un journal à la Anaïs Nin, le projet d’une vie…

Des livres que tu aimes…
J’aime, j’adore, l’univers de Valérie Mréjen, celui de Sybille Grimbert, de Sophie Calle…


Intérieur-de-Thomas-Clerc
Mes dernier livres lus sont«Regarde les lumières, mon amour», d’Annie Ernaux (éd. du Seuil). Et «Intérieur» de Thomas Clerc (éd. L’arbalète Gallimard).regardeleslumiecc80res

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