Vues d’auteur 3 – Gilles Paris

           RDV Gilles Paris par Jean-Philippe BALTEL

Voilà combien d’années que Gilles Paris et moi nous parlons, de façon lointaine mais régulièrement? Pas de masochisme, je préfère ne pas calculer… Très longtemps nos échanges se limitèrent à quelques mails et appels téléphoniques purement professionnels (il est, ou a été, l’attaché de presse de nombreux auteurs parmi les plus fameux). Puis, un jour, il y a un an ou deux, nous avons déjeuné ensemble. Et c’est là qu’enfin j’ai découvert l’homme qui se cachait derrière le communicant. Pas de grande surprise, en vérité: Gilles Paris ressemble à sa littérature. Chaleureux. Généreux. Hyper sensible. Humble et discret. Croyez-moi, voilà des qualités qui, accumulées, ne sont pas monnaie courante dans ce milieu.

Son premier roman, paru en 1991 («Papa et maman sont morts») m’avait échappé. Je l’ai lu bien plus tard, lorsque le deuxième («Autobiographie d’une courgette») fut publié, en 2002. Ensuite, il aura fallu attendre à nouveau dix ans pour que le troisième nous arrive: «Au pays des kangourous» est sorti en janvier 2012, suivi de jolies critiques et d’un accueil public enthousiaste.

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On pensait devoir attendre longtemps avant de retrouver Gilles en librairies, mais voilà que débarque déjà le lumineux «L’Eté des lucioles». Un roman dans lveine des précédents : la voix de  l’enfance, sa tendresse, son idéalisme, son infinie poésie. L’histoire? Celle du petit Victor qui passe l’été dans la maison familiale de Roquebrune-Cap Martin, dans le sud de la France. Victor a 9 ans, deux mamans aimantes, un papa trop souvent absent, une grande sœur Alicia qui «s’ennuie partout et cherche à attraper dans ses filets des garçons qui, comme les poissons, ne tiennent pas à y rester». Victor a des copains aussi. Et en pince drôlement pour la jolie Justine. D’ailleurs, c’est la première fois que Victor ressent cela : le cœur qui palpite, des papillons plein les yeux, des lucioles autour de lui…

Quand bien même la profondeur est là, que les thèmes douloureux sont souvent présents («Au pays des kangourous» explorait ainsi celui de la dépression), Gilles Paris est de ces auteurs qui font du bien à l’âme, donnent des ailes et mettent du baume au cœur. Au rayon de la littérature française on ne parle pas assez de ces romans-là. C’est pourquoi je suis allé frapper à sa porte. Vous l’aurez compris, Gilles Paris a accepté gentiment, et très spontanément, de répondre à mes quelques questions. J’espère ainsi (mieux) vous le faire connaître. Et si, après cette interview, l’envie d’en savoir davantage vous saisit, une seule adresse, son site officiel: http://www.gillesparis.net

 

auteur

Gilles Paris :

«Tant qu’on lit, tout va bien !»

S’il vous fallait décrire votre univers…
Un univers à la fois grave et léger, une enfance qui ne juge pas, qui sait écouter, et questionne sans relâche.

Environ dix ans séparaient jusqu’ici vos différents romans. Puis, soudain, une seule année sépare les deux derniers. Etes-vous pris d’une frénésie d’écriture ? Ou vous seriez-vous découvert une urgence ?
Dix ans entre chacun de mes trois premiers livres est en fait un pur hasard, la vie qui vous happe, le désir qui manque. Ce désir, je l’ai retrouvé grâce à mon précédent roman « Au pays des kangourous » (éd. Don Quichotte/ J’ai Lu). Depuis il ne me quitte plus. Après « L’Été des lucioles », paru fin janvier 2014 aux éditions Héloïse d’Ormesson, j’ai écrit les synopsis de mes trois prochains romans. En revanche, j’attendrais au moins deux ou trois ans entre chaque parution. Une question de souffle, et une envie (modeste) de se faire désirer.

Vous qui êtes un conteur, vous chez qui la tendresse et la poésie occupent une place essentielle, quel regard portez-vous sur ce courant qui semble à l’opposé de votre univers, cette autofiction qui domine l’édition française ?
kangourous_rencontres.1Pour la première fois, dans un de mes romans, « Au pays des kangourous », j’ai fait appel à de nombreux souvenirs autobiographiques concernant la dépression dont je me suis sorti depuis une dizaine d’année. Et dans deux textes courts à paraître chez Albin Michel à la fin de cette année et courant 2015, je parle de mes sœurs puis de mon père. Je suis quelqu’un de très pudique, et franchement je m’en croyais incapable. Une fois de plus, l’écrivain s’est abrité derrière un narrateur de 9 ans, ce qui m’a permis – et dans le roman, et dans l’autofiction – de prendre la distance nécessaire. Je ne juge pas l’autofiction, car elle trouve ses lecteurs, et tant qu’on lit, tout va bien! Mais c’est un exercice qui me dérange profondément, et que je lis assez peu, comme si je me retrouvais entièrement nu dans un métro bondé.

On dit souvent qu’écrire est une thérapie. Qu’en pensez-vous ?
Ecrire relève de la magie. Ecrire est le bonheur à l’état simple. La thérapie, c’est autre chose. J’en ai fait plusieurs. Elles m’ont aidé à « vivre avec », comme on dit… Peut-être que l’écriture soigne les blessures de ceux et celles qui écrivent, mais en ce qui me concerne, cela relève de l’inconscient.

Revenons à votre dernier livre. Comment est né « L’Eté des lucioles » ?
Une envie de légèreté, d’insouciance qui nous fait défaut à tous. Je souhaitais un roman plus léger que grave. Un secret de famille, le cadre du sud de la France, un été envahi d’orages soudains, de lucioles et de papillons. Voilà ce qui m’est venu en tête en une seule fois. Puis, j’ai découvert le chemin des douaniers à Roquebrune-Cap-Martin et l’histoire s’est construite peu à peu.

L’enfance est le point commun de tous vos livres. Pourquoi cette «obsession» ?
Parce que j’aime cette langue à la fois poétique et imagée. Elle dédramatise mes thèmes qui sont parfois rudes. On finit par sourire des choses graves de la vie et on les comprend mieux, je crois. Et puis, le fait qu’un enfant de 9 ans ne juge pas, qu’il essaye de comprendre me ressemble bien.

Vous évoluez depuis longtemps dans le monde l’édition, vous connaissez donc ce milieu sous tous ses aspects. Cela fait-il de vous un auteur «différent» ?
Certainement. Je ne me fais guère d’illusion. Je sais ce que je n’aurais pas. Mais je suis heureux quand je lis un bel article dans la presse nationale ou sur un blog. J’ai toujours en moi un degré d’émerveillement, et je ne suis ni usé, ni ironique, ni amer. J’ai la chance d’avoir à la fois des lecteurs et des lectrices qui me suivent malgré les dates de parution chaotiques de mes romans, des ventes à l’étranger, des médias qui me surveillent, et de belles surprises qui me surprennent encore et encore.

Parmi tous les auteurs que vous avez pu côtoyer pendant toutes ces années,  y a-t-il une rencontre qui vous a plus marqué qu’une autre ?
J’ai très peu d’ami(e)s parmi les auteurs dont j’assure la promotion. A part Richard Bohringer, Catherine Hermary-Vieille ou Janine Boissard avec lesquels nous avons de beaux échanges, généreux, humains. J’ai même dédié «Au pays des kangourous» à Janine Boissard, et dans l’un des hôpitaux que fréquente le père de Simon, le narrateur, on découvre un certain docteur Boissard. Je préfère garder le plus de distance possible avec l’ensemble des écrivains que je représente. Par discrétion, assurément.

On rêve de voir vos romans adaptés pour le cinéma ou la télévision ; ils y semblent prédestinés!
49479693«Autobiographie d’une Courgette» a été adaptée à la télévision sur France 3 quelques temps après sa parution. Un très joli film de Luc Béraud. Au printemps 2015 sortira un dessin animé sur les grands écrans, j’ai vu le pilote de cette Courgette-là, très drôle. J’ai hâte ! «L’Eté des lucioles» ferait un joli film. Mais c’est aux professionnels de décider.

Et le prochain livre ? Est-il déjà en écriture?
Je le commencerais à la fin de cette année. Le narrateur, 9 ans, s’appelle Maxime. Et il sera question du troisième âge. Rideau.

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Mais encore…

Depuis quand écrivez-vous ?
J’ai commencé par un journal intime à 10 ans, puis des nouvelles à 12 ans. Un premier roman publié à 32 ans. Et je vais fêter mes 55 ans le 5 avril prochain… Comptez sur vos doigts !

De chacun de vos livres, y en a-t-il un qui tient une place particulière dans votre cœur ?
Non, c’est comme si on demandait à un père lequel de ses enfants il préfère ! Je les aime tous, pour des raisons différentes.

Depuis quand vous considérez-vous « écrivain » ? Y a-t-il un livre en particulier qui vous a fait basculer vers ce « statut » ou est-ce depuis le tout premier ?
papa_maman_lecture.1Tiens j’hésite sur cette question. Je n’y ai jamais pensé ! J’imagine dès l’âge de 32 ans, quand mon premier roman a été publié…

Une baguette magique et vos rêves d’écriture sont exaucés. Oui, mais lesquels ?
Je pars vivre au bord de la mer, en Italie ou en Floride, et je ne quitte plus la mer des yeux, sauf quand j’écris. Et je prends, enfin, le temps de me poser. C’est une vie de dingue, vous savez, à Paris !

Des livres, des films, des chansons que vous aimez…

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Les romans : Récemment, le nouveau roman de Michèle Halberstadt « Mon amie américaine » (éd.Albin Michel) : une histoire d’amitié peu banale qui montre nos petite lâchetés quotidiennes.
Tous les romans de Françoise Sagan aussi, et ceux de Tennessee Williams.


Les films :
« Harry Potter », « L’âge de Glace », tous les films catastrophes américains, les comédies américaines ou anglaises.fed28e27ef4da8ec68b91d1109139c5e_large

La musique : le dernier album de Goldfrapp, « Tales of us » : sublime ! J’ai écrit «L’Été des lucioles » en l’écoutant.

Stromae,  Zazie, Pet Shop Boys… Et Vanessa Paradis : je rêve de la rencontrer, j’ai terminé récemment une nouvelle sur « Le Rempart», extrait de son dernier album «Love Songs».

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