Le jour où je les ai rencontrés 7 – Marianne James

Les retardataires devront se dépêcher. Jusqu’au 5 janvier (c’est dire dans une poignée de jours), au Théâtre Rive Gauche, à Paris, se joue une pièce singulière et immanquable, « Miss Carpenter ». 
Elle ne veut pas vieillir, Miss Carpenter, refuse de décrocher quand bien même les propositions ne sont plus là depuis longtemps et qu’elle doit quitter son immense appartement des beaux quartiers pour un bout de trottoir partagé avec quelques clochards. Sans parler de ses rendez-vous à Pole Emploi… Peu importe, l’ex-star ultra botoxée vit dans sa splendeur passée, le fantôme de sa gloire, l’Oscar qu’elle a décroché à Hollywood il y a… un bail! Du coup, amère, elle n’épargne rien ni personne, surtout pas elle. 
Si vous le pouvez encore, courez-voir cette pièce qui décape, qui détonne, et qui mêle le rire le plus absurde au politiquement incorrect, l’émotion à quelques chansons. Un grand bol d’air frais dans la morosité ambiante, un vent de folie qui fait du bien…
Il y a quelques semaines  à la terrasse d’un café face au théâtre Rive Gauche, je discutais avec son auteur et interprète, Marianne James.  De la pièce, de son parcours. D’elle aussi. Sans tabou, sans langue de bois. Pas le genre de la maison, de toute façon… C’est cette entrevue – l’une des plus récentes que j’ai réalisées – que je poste ici. Parce que des jolis moments comme ceux-là ne s’oublient pas. 
L’interview est parue dans « Questions de femmes » daté Décembre-Janvier 2013. Comme d’habitude, je vous en propose une version plus complète.
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 Marianne James :
« J’ai tendance à me prendre pour la mère de Beyonce! »

On sent que vous avez d’abord cherché à vous faire plaisir en signant cette pièce…
Marianne James. Je me suis écrit le rôle qu’on ne m’offrait pas. Je sais chanter, faire rire, faire pleurer, me travestir. Et je sais que je n’ai froid ni aux yeux ni ailleurs. Alors allons-y!… Je suis très amoureuse de ce personnage que j’ai voulu à l’image de ces femmes qu’on a tous connues: des vieilles dames en apparence très dignes, mais très indignes en vérité. Des Tatie Danièle qui, à chaque phrase, sortent des horreurs. Dès le début, je savais que la mienne serait blonde et méchante…

Tout au long du spectacle vous surfez allègrement sur le politiquement correct…
C’est vrai que ça n’est pas très correct. C’est tout ce que j’aime, en tout cas quand c’est fait avec beaucoup d’amour. Parce que le politiquement incorrect fait par de vraies ordures, ça passe moins bien : j’ai du mal à cautionner… Là, quand on sait que c’est une bonne pate qui va incarner cette vieille Carpenter, tout va bien! (rires)
Vous êtes-vous freiné?
Non. A la première lecture devant mes metteurs en scène,  Eric-Emmanuel Schmitt et Steve Suissa, j’ai pensé que certains trucs ne passeraient pas. Eric-Emmanuel est très tourné vers la philosophie; c’est un érudit qui va davantage vers la pacification que vers les « guégueres » stériles. Je me suis demandé ce qu’il pourrait bien faire de cette teigne. Or, c’est justement ce qui lui a plu! Il a su trouver la fragilité infinie de ce personnage. D’autant qu’on n’a jamais eu peur de la faire tomber jusque dans le caniveau… 


Vous lui donnez 82 ans; elle aurait pu être plus jeune…
Etant une actrice de 50 ans, j’aurais pu en jouer une de 60, c’est vrai! Mais je voulais qu’elle soit de la génération d’avant, celles des Donna Summer, des Jane Fonda, des Liz Taylor… J’ai pour ces femmes une admiration sans borne. Celles de ma génération, je les connais par cœur. Nous nous sommes mollement battues après 1968; tout avait déjà été fait pour nous. Par exemple, en tant que femme seule débarquant à Paris dans les années 80, je n’ai jamais eu à batailler contre les idées reçues ou le regard des autres: tout le boulot avait déjà été fait par celles d’avant! Alors, je voulais leur faire un clin d’œil, à ces femmes, les premières féministes. En campant une survivante, en quelque sorte…

Miss Carpenter a une peur panique de vieillir. Ce n’est pas votre cas, dites-vous…
Oh si, un peu… Disons que je n’ai pas peur de la mort mais de la maladie, de la perte d’autonomie. Sinon, non, le troisième âge ne me fait pas peur. Dans neuf ans, j’aurai la carte Vermeil, vous vous rendez compte? (rires) Mes amants sont maintenant dans la tranche des quinquas ou des sexas. Et la vie est toujours aussi belle: je ne vois pas de changement par rapport à mes 30 ans. Si, il y a sans doute plus de tendresse aujourd’hui. Or, la tendresse effeuille davantage le cœur que les prouesses de nos 30 ans. Il y a des choses renversantes, parfois, dans la tendresse…
Y a-t-il des choses sur lesquelles elle et vous vous ressemblez?
Peut-être sur sa faculté de mordre au moment où on ne s’y attend pas! Étant d’une nature joueuse et retorse, je suis un peu comme ça aussi: je dégaine quand on ne s’y attend pas! (rires)
C’est la marque des écorchés vifs, non?
J’ai été écorchée, mais vive je ne me rappelle pas. J’ai bien eu un gros chagrin d’amour qui a déshabillé mon cœur et mon âme, mais comme j’ai ré-aimé ensuite je me suis relevée.

Faire rire, émouvoir… C’est une thérapie?
Ah oui, ça me fait beaucoup de bien. J’espère que ça fait du bien aux gens aussi. Encore plus que les applaudissements à la fin, il y a les petits gestes que vous envoient le public pour vous dire qu’ils vous ont aimé. C’est un peu notre cocaïne à nous, les comédiens.

On dit souvent que les gens qui font rire sont torturés. Vous l’êtes?
Pas trop.

Solitaire?
Un peu oui. J’ai besoin d’être entourée, mais il faut que je puisse les quitter dans la seconde, et les retrouver dans la seconde aussi.
Fêtarde?
Mois qu’avant. Pour pouvoir jouer cette pièce, j’ai freiné: je bois peu d’alcool, j’ai arrêté de cloper, de tout cloper! Je dois être en forme pour elle.
Via Miss Carpenter, vous vous amusez beaucoup de votre corps, de vos rondeurs. L’assumer vous a demandé du temps?
Les trente premières années de ma vie. Ce n’est pas un vain mot que de dire qu’il faut apprendre à s’accepter tel que l’on est: c’est un job à temps complet! Bon, j’ai un peu tendance à me prendre pour la mère de Beyoncé, maintenant… (rires)
Pourquoi?
Un jour, dans un magazine people, ils ont mis nos deux photos côte à côte pour souligner notre ressemblance. La maman de Beyoncé est métisse, et l’été je suis mate de peau. C’est vrai qu’on se ressemblait… Les deux mêmes! Donc, je me prends pour elle. Comme sa fille, j’adore la laque et les ventilos. J’aime la mode, j’aime le superficiel. D’ailleurs, je dessine des collections à destination des femmes rondes pour La Redoute, et cela marche très bien: j’ai sorti ma onzième collection cette année. Je veux montrer que, oui, on peut se mettre en maillot de bain sur la plage, qu’on peut se sentir bien dans sa peau quand on est forte.
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Ne seriez-vous pas parfois un peu «prisonnière» de votre image?
Je vais être très honnête avec vous: si je perdais mes rondeurs demain, je crois que je perdrais mes jobs aussi. J’ai la grande chance d’avoir réussi à faire ma carrière là dessus, alors aujourd’hui je ne vais pas me plaindre. Bien sûr, mon médecin préfèrerait que je perde trente kilos pour que je vive plus longtemps. Mais tant que les analyses sont bonnes… Et puis, que deviendrais-je si je ne suis plus cette femme ronde? Je ne vais pas vous dire que c’est devenu un business, mais bon… J’ai capitalisé! À l’américaine. Les femmes apprécient; les hommes aussi, me semble-t-il. Ils aimeraient bien, les tout-ronds, que je leur dessine des fringues à eux aussi…
(Une fan nous interrompt et lui demande un autographe. C’est la quatrième en moins d’une heure) C’est toute la journée comme ça?
Oui.
Qu’est-ce qui donne cette popularité? « L’Ultima récital »? La « Nouvelle Star »?
« La Nouvelle Star » surtout. Et plein de petits ruisseaux, des rôles, les émissions que j’ai faites. Dans les périodes où on me voit à la télé, c’est toujours comme ça, puis ça se tasse. Quand c’est arrivé plusieurs fois, on relativise…

Et quand ça se calme, ça fait peur ?

Non du tout. J’ai la grande chose de revenir tous les deux ans à peu près avec quelque chose qui, le plus souvent, marche bien. Alors on relativise… [Un fan nous interrompt encore, ndlr.] Bon, là, c’est un peu exceptionnel quand même! (rires) À croire que mon attachée de presse a organisé un petit truc pour bien vous montrer! Elle bosse bien, hein? (elle éclate de rire)
Quel est le plus douloureux, les mauvaises critiques ou l’insuccès ?
C’est une très bonne question… Je vis mal les mauvaises critiques, mais le plus douloureux reste quand même les échecs. Ce qui fait encore plus mal c’est l’indifférence!
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Ca vous est arrivé, ça ?
Mon album (paru en 2006) n’a rencontré ni son public ni la critique. Il faut dire que sur ce disque je n’ai sorti ni mon humour ni mes trois octaves; j’ai chanté comme Carla Bruni (que j’aime beaucoup). Et ça n’est pas passé. J’en ai vendu seulement 10 000 exemplaires. Il Il y a eu un vrai désamour, et il a fallu que j’attende que ça passe… Om’a un peu « dézingué » aussi, mais ça… Après avoir passé des années à juger les autres dans « Nouvelle Star » il fallait s’y attendre!
Des projets?
Un scénariste doit venir voir le spectacle pour envisager une adaptation anglo-saxonne. Pour « L’Ultima récital », j’ai attendu onze ans: c’était trop long, j’en avais marre; je ne pouvais pas attendre les cinq années supplémentaires que cela exigeait. Là, je pense que nous allons faire une version new-yorkaise pour la jouer à Broadway. On fera le film aussi; j’ai déjà reçu plusieurs propositions.
 
* « Miss Carpenter », mis en scène par Éric-Emmanuel Schmitt et Steve Suissa, avec aussi Pablo Villafranca, Bastien Jacquemart et Romain Lemire, se joue jusqu’au 5 janvier au Théâtre Rive Gauche, à Paris. http://www.theatre-rive-gauche.com


Le bonus

Marianne James fait partie des quelques artistes à avoir participé à la fabuleuse aventure de « Rendez-vous en terre inconnue », l’émission de Frédéric Lopez sur France 2. Elle était alors partie chez les Bajaus, un peuple de pêcheurs vivant dans un village sur pilotis sur une île d’Indonésie. Diffusé en avril 2010 le programme lui a laissé de sacrés souvenirs… 
«Je me suis régalée! Bon, je reconnais que j’ai été bien chiante au début, à avoir peur de ne pas faire rire, à rentrer mon ventre, à exiger qu’on ne filme que mon profil droit (celui que je préfère), bref à faire gaffe à tout parce que j’ai l’habitude de gérer mon image… Tu parles! Au bout de trois jours, tu lâches tout ça! Les conditions sont tellement rudimentaires que tu es heureuse d’avoir une brosse à dents le matin, d’avoir dormi quatre heures et d’avoir fait pipi sans tomber du ponton. Honnêtement je ne sais pas comment j’ai fait. Ce que je craignais au départ c’était – si on partait dans un pays où il fallait se baigner – qu’on me voit à l’antenne en maillot de bain ou en tee shirt mouillé. Ca, non, ça ne le faisait pas : avec mes rondeurs c’était difficile à assumer. Et puis, finalement, je l’ai fait… Je suis très heureuse de cette émission; elle correspond bien à ce que j’ai vécu, même s’ils ont filmé suffisamment pour faire sept ou huit films ! Franchement, Frédéric Lopez est Bac + 8 en «j’emmène-les-stars-au-bout-du-monde»! »
 
Si vous l’avez manquée, cette magnifique émission est disponible en DVD et Blu Ray. En voici un extrait : 

 

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