Deux voix, une danse…



C’est l’histoire d’un livre dont on sait, en le refermant, qu’il occupera une place à part dans les rayons de notre bibliothèque. Dans nos cœurs aussi. L’histoire de trois vies qui n’en font qu’une, peuplée de douleurs, de batailles à mener. Et d’espoirs, bien heureusement. Ceux qui me connaissent – qui me connaissent vraiment –  sauront les résonances.

Lui est homme de télévision; il a longtemps présenté «Des mots de minuit» sur France 2. Elle est éditrice. Ensemble, il y a dix-sept ans, Philippe Lefait et Pom Bessot ont eu une petite fille, Lou. Et rien ne s’est passé comme prévu… Aux premières heures, le bonheur insouciant a laissé place à l’inquiétude: Lou est petite, toute petite; elle rencontre des difficultés à s’alimenter, puis une impossibilité à parler. Commencent alors le flot de diagnostics flous, les maladresses des professionnels de santé, les errances hospitalières, la culpabilité toujours lourde des parents dépassés, la solitude – même à deux – face au destin qu’on ne comprend pas, le couple mis à mal comme souvent dans ces cas. Il faudra dix longues années pour qu’enfin un nom soit mis sur les raisons du handicap de Lou: un problème génétique, rare, qui l’empêchera à jamais de parler. Le savoir ne change rien. Le savoir change tout. Pour leur «amour anorma» comme ils disent, ils se battront encore, se serreront les coudes, revivront ensemble, s’aimeront plus fort. Pour mieux communiquer avec elle, ils apprendront la langue des signes et danseront tous les trois au jour de leur mariage sur le « Petit Bal perdu » de Bourvil. Tout un symbole…
« Et tu danses, Lou » est un récit à deux voix, un texte magnifique, percutant, fort, déchirant. Et plein d’un amour fou jamais démenti tout au long de ces années chaotiques. Malgré les souffrances, malgré le regard des autres, les mots imbéciles des crétins patentés ou des maladroits. Sans parler de ce rapport à la normalité si ambigu dans notre société d’aujourd’hui et autour duquel il faut bien apprendre à se construire. Philippe Lefait et Pom Bessot signent là bien plus qu’un récit personnel qui parlera à tous les parents d’enfants «anorma», une leçon de vie. Universelle, exemplaire, brillante.
(Éd. Stock, 197 pages, 18 euros).

Le bonus
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s