Le Jour où je les ai rencontrés 6 – Diane Disney-Miller

Diane Disney-Miller aux côtés de… votre serviteur, devant le bureau de son père, au Walt Disney Family Museum de San Francisco . Décembre 2011.
 
Une fois n’est pas coutume, c’est à une personnalité peu connue de nous français que je veux consacrer ce billet. A Diane Disney-Miller dont on a appris le 19 novembre la disparition. En apprenant la nouvelle, j’ai ressenti aussitôt une immense mélancolie : ma rencontre avec elle remonte à tout juste deux ans. Jour pour jour. Elle est de celle que je garderai toujours en mémoire, ceci à plus d’un titre. D’abord, il m’aura fallu traverser la planète pour aller à sa rencontre, jusqu’à San Francisco où ce matin de décembre 2011 elle m’avait donné rendez-vous. L’unique fille biologique de Walt Disney, sa dernière héritière, venait d’y ouvrir un musée à la gloire de son père. Elle me l’a fait visiter, m’a longuement parlé. Je me souviens encore de ses yeux qui pétillaient, de sa bonne humeur, de sa disponibilité. Et de ses fous rires devant mon anglais approximatif, mon accent sans doute un peu exotique… Certes, une horde de communicants entourait l’héritière et fameuse philantrope américaine. Prenant l’air affairé, ils écoutaient tout de mes questions et de ses réponses. Cela aurait pu casser la magie… Mais sa passion était bien au-dessus de cela. Son sens de la liberté aussi. 
 
Dans l’une des nombreuses salles du musée
Rencontrer la fille de Walt Disney est beaucoup moins anodin que je l’ai d’abord cru: c’est un peu toucher ses rêves d’enfant du bout des doigts, passer de l’autre côté du miroir (ou de l’écran), nos souvenirs de cinéma qui défilent. Alors forcément on frissonne.
Mais ce moment privilégié m’offrit également d’autres émotions, tout aussi inattendues. Et fortes. Très fortes. Celles de découvrir, seul au monde, des étoiles plein les yeux, la ville de San Francisco que j’ai traversé de long en large, à pied, en bus, et au pas de charge, faute de temps suffisant. J’ai aimé ce lieu plus que n’importe quel autre au monde. Pas seulement pour le vent de liberté qui y souffle. Pour sa poésie. Pour ses différences. San Francisco est une parenthèse en Amérique.  San Francisco inspire. Beaucoup. Intensément. Depuis ? Je n’ai de cesse que d’y retourner. Pour plus longtemps qu’un aller-retour, aussi intense fut celui-là.
 
Le portrait qui suit, issu de notre rencontre, est initialement paru dans « Questions de femmes » daté Février 2012.
 

Diane Disney-Miller :

« Walt Disney ? C’était juste mon papa… »


La scène se passe il y a deux ans tout juste, à San Francisco, au Presidio, un ancien terrain militaire devenu un gigantesque parc national émaillé de lieux culturels, tout près du fameux Golden Gate, face à la prison d’Alcatraz. En 2009, s’est ouvert ici le Walt Disney Family Museum. Un espace unique au monde qui retrace la vie du cinéaste de sa jeunesse jusqu’à sa mort en 1966. Y sont exposés des pièces inestimables, des maquettes, ses premiers projecteurs, quelques films, son bureau, les ébauches de Mickey Mouse et celles de Blanche Neige, de Pinocchio ou de Bambi. Des figurines et des peluches aussi, prémices des années marketing qui règneront quelques décennies plus tard. Ses collections personnelles, comme tous ses objets miniatures dont il raffolait. Les quelques 200 Oscars et autres récompenses qu’il reçut de son vivant. Des sons, des vidéos qui rappellent la légende… Bref, des trésors par dizaines, réunis par la Fondation familiale. A sa tête, Diane Disney-Miller, l’unique fille biologique de Walt Disney. 
C’est justement elle qui me servit de guide, ce matin-là. Avec ses yeux pétillants, sa marche franche et décidée, l’énergie d’une gamine. Ses 77 printemps ne semblaient rien avoir entamé de sa passion dès lors qu’il s’agissait de parler de son illustre père. «Réunir tous ces souvenirs a été très long. Nous, la famille, avions en notre possession ses trains électriques (il en était fou !) et divers objets, mais les Studios Disney en possédaient évidement beaucoup plus. Il aura fallu près de six ans pour rassembler le tout, et mettre au point la mise en scène, les décors, l’interactivité… Je ne vous cacherai pas que ce musée représente énormément pour moi». Comme un ultime hommage au père tant admiré. Sa pierre enfin à l’édifice. Car, en vérité, Diane Disney n’a jamais voulu travailler dans le monde du cinéma. «Mon mari a présidé les Studios Disney pendant longtemps (Ron Miller en fut le PDG de 1980 à 2003, ndlr). Certains de mes enfants y ont travaillé un moment. Moi, je n’ai jamais voulu. Ce métier ne m’a jamais fait rêver. La seule chose qui m’intéressait, c’était de fonder une famille. Je me suis donc occupée de mes sept enfants, puis de mes treize petits-enfants. Aujourd’hui, nous sommes en excellents termes mais je n’ai aucun droit de regard sur les projets des Studios, pas plus qu’ils n’en ont sur ce musée. Et c’est très bien comme ça ! » 
Les mauvaises langues penseront que c’est d’avoir peu vu son père – trop affairé qu’il était à sa supposée mégalomanie – qui dégoûta définitivement Diane du 7ème art. «Non, c’était un père merveilleux. Je ne pense pas qu’il fut très différent de ceux de mes amis. Enfin, si, bien sûr… Le leur était médecin, avocat, que sais-je encore… tandis que le mien avait créé Mickey Mouse, Bambi, Blanche Neige… C’était finalement très particulier. Mais ce n’est qu’une fois que je suis devenue grande, vers 18-20 ans, que j’ai été impressionnée par ce qu’il représentait dans le monde. Avant, je ne m’en rendais pas compte. C’était juste mon papa…»
 
Walt Disney, pleuré par Mickey au lendemain de sa mort en 1966. In TheWalt Disney Family Museum.

«On le disait tyrannique. Ce n’est pas le terme exact!»

Dans ces années 30 et 40, la petite Diane ne comprend pas encore combien croiser à la maison Salvador Dali, Shirley Temple ou Norman Rockwell (qui la portraitisa à l’âge de 8 ans), n’est pas chose anodine. Comme n’étaient pas banales toutes ces rumeurs sur son père qui circulent encore, et qu’elle s’empresse ce jour-là de démentir encore, près de cinquante ans après sa mort. «Non, à sa disparition, son corps n’a pas été congelé et caché sous Disneyland. Non, il n’a jamais été antisémite, bien au contraire. Il a même réalisé des films contre le IIIème Reich pendant la guerre ; il était très patriote. On le disait tyrannique? Ce n’est pas le terme exact : plutôt très autoritaire, parce que perfectionniste. Il travaillait énormément, ne décrochait jamais vraiment. Mais il prenait tout de même du temps pour sa famille. Il surveillait ce que je faisais à l’école, qui étaient mes amis… En fait, il adorait être père, il aurait aimé avoir beaucoup d’enfants…»
Lorsqu’elle ne parlait pas de ses racines, Diane Disney-Miller s’occupait de ses vignes (The Silverado Vineyards Winery) dans la Napa Valley où elle vivait, au nord de San Francisco. Surtout, célèbre philantrope, elle était réputée sur tout le continent américain pour distribuer des fonds au travers de sa Fondation. C’est ainsi, grâce à sa générosité, que ce musée Disney a pu voir le jour (pour un budget de 150 millions de dollars!). Elle a subventionné aussi plusieurs théâtres et orchestres philharmoniques à Los Angeles et à San Francisco. Sans parler de ses actions plus discrètes, à l’abri des caméras. Alors, quand on saluait son immense générosité : «Oh, il n’y a rien d’exceptionnel à cela! C’est typiquement américain, vous savez ! Nous aimons beaucoup donner pour ce qui nous tient à cœur. Ce peut être la culture, la santé publique, l’éducation, les enfants… Mon père était très généreux, lui aussi. C’est vraiment une caractéristique américaine, un réflexe naturel. Chacun à notre niveau, selon nos moyens, on aide, on donne… Je suis très sollicitée, mais, comme tout le monde, je me contente de faire ce que je peux faire…»
 

Le bonus :

« La Belle et le clochard » tient une place à part dans l’histoire de votre famille. Pouvez-vous nous la raconter ?
Petite fille, papa me lisait souvent l’histoire originale écrite par Ward Greene, « Happy Dan, the Whistling Dog », paru à la fin des années 1930. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ce film lui était vraiment cher. Sans doute aussi parce qu’il y a ajouté une scène inspirée de sa vie. Un soir, lors d’un dîner en tête-à-tête au restaurant, alors qu’ils étaient de tous jeunes mariés, il est arrivé avec une boîte à chapeau qu’il a offert à ma mère. Maman n’était pas enchantée à l’idée de recevoir un chapeau quand, soudain, elle a vu un chiot sortir de la boîte en frétillant… Tous deux ont toujours beaucoup aimé les chiens, et c’est devenu comme un nouveau bébé pour elle. Il a donc ajouté cette scène dans « La Belle et le Clochard », et c’est l’une des plus jolies du film…
Et vous, quel est votre préféré ?
Je n’en ai pas un en particulier. Il y en a tellement que j’aime. Tous les vieux films, je les adore. Les « Bambi », « Fantasia »… Cela irait plus vite de vous dire ceux que je n’aime pas. Il y en a très peu.  « Babes in toyland », celui-là, non, je ne l’aime pas beaucoup. Mais les autres…
Les personnages de Walt Disney pleurent sa mort, en 1966. in Walt Disney Family Museum
 


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