Le jour où je les ai rencontrés 2 : Faye Dunaway



Dans les décennies 60-70, Faye Dunaway était une star 

internationale qui collectionnait les chefs d’œuvre : «Bonnie and Clyde», «Chinatown», «Portrait d’une enfant déchue», «Network», «L’Affaire Thomas Crown», «La Tour infernale»…  Depuis ? Les moins de 50 ans n’ont souvent d’elle qu’une image aux couleurs un peu passées, comme figée dans le temps. On se souvient l’avoir vue, magnifique, dans « Arizona Dream » d’Emir Kusturica en 1993. Puis aperçue dans le « Jeanne d’Arc » de Luc Besson en 1999. C’est à peu près tout, si l’on excepte une apparition furtive dans un épisode de «Grey’s Anatomy», une autre dans «Les Experts». Vu de France, on l’imagine perchée dans sa tour d’ivoire, agrippée à ses vieux souvenirs de gloire. Grosse erreur. Il suffit d’aller voir sa filmographie pour s’apercevoir qu’à 71 ans Faye Dunaway tourne toujours. Beaucoup, même. Elle vient, d’ailleurs, d’adapter « Masterclass », la fameuse pièce de théâtre consacrée à la Callas qu’avait jouée chez nous Fanny Ardant puis Marie Laforêt. Un film pas encore sorti, mais auquel elle pense depuis longtemps puisqu’en 1999 déjà, dans le cadre d’une interview qu’elle m’avait accordé alors qu’elle présidait le Festival du Film de Paris, elle m’en parlait déjà. 
Sacrée rencontre que celle-ci…  


Faye Dunaway est toujours rare en interview. Précédée d’une réputation qu’on dira difficile, on la voit souvent comme une diva capricieuse, imprévisible, un brin colérique, qui réagit sans jamais composer. Nombreux sont ceux de mes confrères qui, avant ou après moi, s’y sont cassés les dents…

Ce matin-là, dans un grand hôtel parisien où un salon lui avait été réservé, elle était d’humeur exécrable, parlant à son attaché de presse comme on ne parlerait pas à notre chien. Je me souviens  de son index pointé vers l’extérieur tandis que je m’installais: «Go out, and shut the door !», hurla-t-elle au pauvre garçon pourtant très pro. Inutile de dire que je n’en menais pas large. D’autant que la dame (qui parle français à peu près comme vous et moi) avait décidé ce jour-là de ne plus connaître un mot dans la langue de Molière. Vu mon niveau d’anglais, cela s’annonçait mal…
L’entrevue a commencé normalement, mais au bout de deux ou trois questions la star s’est agacée, contenant mal son envie de m’envoyer paître : je venais de lui poser une question qu’elle jugeait déplacée, ça n’allait pas… Alors j’ai sorti mon va-tout : j’ai joué la carte de la maladresse, m’appuyant sur mes problèmes à manier l’anglais, un peu sur ma timidité aussi, et sur l’auto-dérision. Au bout d’un bon quart d’heure où l’ambiance fut réfrigérante, alors qu’elle accumulait les réponses banales comme on enfile les perles, cela a fonctionné… Elle a même fini par rire de mon côté un peu «empoté». Et par appeler son assistante, cachée dans une pièce à côté, pour lui faire partager ce moment «so cute». J’ai cru rêver quand, à la fin de l’entretien, nous nous sommes retrouvés à rire tous les trois comme de vieux potes qui nous connaissions depuis longtemps. Alors que je quittais l’hôtel l’attaché de presse, inquiet, me demanda comment l’entretien s’était passée. «Très bien ! Quelle simplicité, non?…» J’ai senti l’incompréhension dans son regard. 
On se demande bien pourquoi…


Plus que l’interview c’est le moment qui me fut inoubliable. Pour autant, en voici quelques extraits. Elle est parue dans le numéro de « Questions de femmes » daté avril 2000.


Faye Dunaway : 
« A partir d’un certain moment, on ne peut plus être Julia Roberts, c’est un fait ! ».
Y a-t-il des Français avec qui vous aimeriez tourner?
J’en suis certaine, mais je n’en connais pas beaucoup. Aux Etats-Unis, nous voyons peu de films français… Le metteur en scène avec qui je viens de travailler, Luc Besson, est évidemment la quintessence de votre cinéma. Il a une énergie, une intelligence folle, une vraie force, une sensibilité et une douceur incroyables. Mais il y a aussi celui dont je ne trouve plus le nom. Celui qui a fait « La Haîne »…
Matthieu Kassovitz…
Oui ! Attendez une minute, je le note. Cassavetes ? Non, pas Cassavetes !
Non, Kassovitz…
Ah, ok ! (elle note) Je suis très curieuse à l’idée de travailler avec ce genre de metteurs en scène. Comme avec Jean-Luc Godard. Voilà tout l’esprit du cinéma français : innover, découvrir de nouvelles façons de faire du cinéma.
(…)

A une époque, vous avez quitté Hollywood trop cruelle – disiez-vous – avec les femmes de plus de 40 ans. Puis, vous y êtes revenue. Hollywood aurait-il changé ou ne peut-on s’en passer lorsque l’on est une star ?
F.D.(elle s’énerve) Je crois que nous prenons là une mauvaise direction! En Amérique comme ici, les journalistes ne me parlent que de cela. Ca m’ennuie! Ils ne font pas leur travail! Ils ne sont pas curieux. Mieux vaut enquêter sur les nouvelles techniques cinématographiques, s’intéresser aux jeunes cinéastes indépendants. Et parler du sens de la vie, pas de l’âge! On attire l’attention sur quelque chose qui, au fond, n’a pas d’importance. Aujourd’hui, j’ai la même curiosité, la même folie que lorsque j’étais plus jeune, mais j’ai plus de talent. En tout cas, plus d’expérience. Je fais des choses différentes : je suis actrice, mais je développe aussi des projets. Vous ne pouvez pas dépendre de ce que les journalistes disent des supposées pensées d’Hollywood. Parce que ce n’est pas du tout ce que l’on pense là-bas ! Beaucoup d’actrices de 40, 50, 60 ans travaillent tout le temps. Susan Sarandon, Sharon Stone aussi… L’âge est beaucoup moins important que par le passé.
Le temps qui passe ne vous fait donc pas peur, à vous ?…
F.D.L’âge est une réalité. A partir d’un certain moment, on ne peut plus être Julia Roberts, c’est un fait. Mais on peut faire autre chose… Plus jeune, j’avais beaucoup de difficultés; j’éprouvais énormément de douleurs face au star-system; j’avais du mal à grandir. C’est difficile de grandir, dans la vie ! D’un côté, il y a beaucoup d’énergie et de beauté dans la jeunesse. Et d’un autre, il faut essayer de comprendre et de gérer les complications de l’existence. Quand je vois l’exemple de mon fils qui a 19 ans, je suis bien contente de ne pas avoir à revenir en arrière.
(…)

Vous avez toujours voulu être actrice, dès le plus jeune âge…
(elle retrouve subitement sa bonne humeur) Je l’ai toujours voulu, c’est vrai. Personne n’était acteur chez moi, mais il avaient tous beaucoup d’esprit. Ils faisaient beaucoup de blagues. Maintenant, savoir pourquoi je l’ai voulu, je ne sais pas. J’étais une petite fille très déterminée. Je voulais sortir, voir le monde.
(…)

La vie, c’est du cinéma ?
Non. La vie n’est pas du cinéma. Jamais ! Un film, c’est la création d’un monde que l’on essaye de montrer plus parfait que celui dans lequel on vit ! Il est très ressemblant à la réalité mais la vie est tout de même beaucoup plus complexe. Bien sûr, les films aussi peuvent l’être, mais ils demeurent tout de même de l’ordre du rêve, de l’espoir, de l’amour… La réalité reste la réalité !
De tous vos films, quel est le rôle qui vous a le plus touché?
Bonnie dans « Bonnie and Clyde » car nous étions proches l’une de l’autre. Comme elle, je viens du sud des Etats-Unis et j’avais envie de découvrir le monde, d’y trouver quelque chose. Nous partagions ce désir intense. Il y a aussi mon personnage dans « Portrait d’une enfant déchue » de Jerry Schatzberg : elle était si vulnérable…
(…)

Vous êtes considérée comme l’une des plus belles femmes du monde. C’est quoi  la beauté, pour vous?
La beauté vient de l’intérieur. C’est une affection que vous porte les autres, tout cet amour qu’ils vous témoignent. Et votre propre aspiration à créer, aussi… Vous savez, on ne peut jamais ressentir ce genre de choses pour soi-même! Au fond, ça ne représente pas grand chose pour moi, mais je suis très touchée de l’entendre, très honorée. Je suis d’autant plus flattée que je vieillis! Mais, honnêtement, je ne comprends pas… Je peux seulement me juger sur mon travail, pas sur mon physique…
Un peu facile votre réponse, non ?
(elle éclate de rire) Je vois bien ce que vous voulez dire mais, vraiment, je ne pense pas être si belle que ça. Mon fils est beau, lui ; bien plus que moi ! Et, d’ailleurs, mieux vaut être beau! La comédienne Mary Pickford disait : « J’ai été pauvre. C’est mieux d’être riche ! » Quoique la beauté, chez les jeunes, créé souvent plus de difficultés que de facilités. Soudainement, vous vous apercevez que vous attirez l’attention sans savoir vraiment pourquoi, sans avoir jamais rien fait pour. Alors, c’est compliqué. Mais bon… n’exagérons pas!
(Propos recueillis en mars 2000)

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