Lettre à ma presqu’inconnue



J’ai bien eu votre message, Madame. Si, jusqu’ici, j’ai préféré garder le silence, n’y voyez aucune indifférence. J’étais seulement perdu, peut-être un peu perturbé. Pour tout vous dire, longtemps je me suis interrogé. Je cherchais ce qu’il convenait de vous répondre. Je voulais éviter les maladresses ou les faux-pas. J’ignorais jusqu’au premier mot de ce que je devais vous dire.

Autant vous l’avouer, au risque de vous blesser je ne les comprends pas toujours, vos messages. Pas souvent, même. Je ne saisis rien de vos intentions. Qui êtes-vous pour me confier autant de votre âme et tous ces questionnements? Qui suis-je pour vous qui semblez tant attendre de moi ou seulement de mes mots? Je ne connais finalement de vous qu’une voix grave sur mon répondeur, votre écriture sur une feuille blanche, et ce regard que, depuis le premier jour – je devrais dire le seul jour – je n’oublie pas. C’est déjà beaucoup, me direz-vous. Pour moi, ce n’est pas tout à fait suffisant.
Si je me souviens bien, nous nous sommes déjà croisés. C’était il y a sept ou huit mois, en ces heures d’entre-deux, quand peu à peu on glisse vers d’autres sensations, qu’on espère d’autres sentiments, de nouveaux regards, d’autres désirs. Ce jour-là, chez cette amie qui nous est commune, nous ne nous sommes pas parlés. A plusieurs reprises nos yeux se sont posés l’un sur l’autre, mais je ne vous ai pas laissé m’approcher. Très vite, sans un mot je suis parti, trop pressé de me retrouver seul dans les rues bondées. Je n’aurais pas su quoi vous dire.
Maintenant que vous avez retrouvé ma trace, vous m’écrivez, vous m’appelez. Je le répète, qu’attendez-vous de moi, Madame? Soyez plus clair, bon sang. Dites-le enfin ; les mots sont faits pour ça. Pourquoi toujours tourner autour? Allez droit au but ; ne me laissez pas dans cette incertitude. Oh, je m’en doute un peu… Je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai entendu les tremblements de votre voix. De grâce, ne chevrotez plus comme ça quand vous m’appelez ; c’est embarrassant à la fin…  Et puis, si cela peu vous rassurez, du peu que je vous ai vu vous ne m’avez pas laissé insensible non plus. Vous êtes belle, Madame. Très belle. Vous êtes touchante, intrigante. Tellement que je pourrais vous aimer, je l’avoue. A la folie, sans doute. Sûrement même vous adorer. Ensemble, j’en suis certain, nous irions bien au-delà de nos possibles. J’y pense souvent, vous savez. Parfois je rêve même de vous. De vous avec moi. Des séquences un peu idiotes où nous sommes tous les deux, imperturbables, sans personne pour nous déranger. Au réveil, j’éprouve parfois un étrange sentiment de manque; je m’étais habitué à votre présence tout contre moi… Alors, le cœur battant, je me surprends à attendre votre prochain message. C’est curieux, vous ne trouvez pas? Parce que… comment vous dire?… au risque de vous décevoir, vous et moi ce ne sera pas possible. Jamais. Je ne suis pas de ceux qu’on peut aimer. Je ne suis pas non plus de ceux qui aiment. J’ai bien trop peur, désormais.
J’y pense, ce n’est pas pour cela que vous m’avez écrit, peut-être? Vous ne me parlez que d’amitié dans vos messages, et du désir de mieux me connaître, tout au plus d’un dîner ensemble, un jour. Je me suis emballé, c’est ça? Je me suis fait un film? Je ne vous ai pas fait peur, au moins? Vous m’avez compris. Il n’y aura pas de malentendu entre nous. Dites-moi qu’il n’y en aura pas… Oh, je n’aurais jamais dû vous répondre en ces heures où je n’ai plus d’armure, où je ne sais plus faire semblant. 
J’aurais dû me taire. 
Je me tais.
Taisez-vous aussi, je vous en prie. 
Ne m’écrivez plus. 
Laissez-moi tranquille.
D’accord ?…

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