La vie sépare ceux qui s’aiment…

 
Passons sur les incontournables, ceux dont on lit partout qu’ils sont formidables, fantastiques, merveilleux, si bien que vous et moi paraîtrons comme de «gros ploucs» pour peu qu’on dise qu’on ne les a pas ouverts ou qu’on les a vite refermés. Passons aussi sur ceux qui sont sujets à polémiques : la polémique a bon dos… Et sur les auteurs à bobos que personne ne lit plus (puisqu’ils ne sont plus lisibles depuis bien longtemps), mais ça fait tellement «chic et branchouille» de prétendre le contraire (non, non, je ne citerai personne !). Empruntons plutôt quelques chemins de traverse pour nous pencher sur ceux dont on parle moins.
Le livre que je veux évoquer aujourd’hui est l’un de mes coups de cœur de cette rentrée. L’un des rares à ce jour, mais ne soyons pas défaitistes : je suis loin d’en avoir fini avec les piles qui m’attendent encore. Un premier roman, «Que nos vies aient l’air d’un film parfait» de Carole Fives (éditions Le Passage). Il y a un peu plus de deux ans, Carole Fives publiait un recueil de nouvelles, «Quand nous serons heureux», très remarqué par la critique et couronné par le Prix Technikart 2010. Régulièrement, elle propose aussi des livres pour la jeunesse  (le dernier, « Dans les jupes de maman » vient, d’ailleurs, de paraître aux éd. Sarbacane). Bref, l’auteur n’est pas tout à fait une inconnue ; on sait depuis longtemps qu’elle a du talent, beaucoup de talent.
Mais revenons à son roman.
Nous sommes dans les années 80, les « années Mitterrand », peu après que VGE ait facilité le divorce par une large réforme, mais bien avant que les notions de «familles recomposées» et de «séparations réussies» fassent partie du langage commun et sonnent en nous comme autant d’évidences. Une famille ordinaire est prise dans les affres de la séparation. Chacun, tour à tour, raconte la culpabilité, la colère, leurs tristesses, les coups bas, les insultes, les espoirs de reconstruction, les rechutes… Il y a le père, parti parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. La mère, qui sombre dans un désespoir confinant à la folie. Les enfants, surtout, pris en otage par l’égoïsme des grands. Parce que, non, le divorce ne sépare pas que les adultes. Le petit Tom et sa grande sœur se croyaient enfants pour longtemps, protégés, encore loin des soucis de l’adolescence, à fortiori de ceux des adultes, et les voilà du jour au lendemain propulsés dans une réalité trop grande pour eux… Plus encore qu’aux drames finalement anodins du divorce et à sa violence inévitable, c’est à cela que se consacre ce roman cinglant, fort et beau, absolument bouleversant : à l’amour fraternel, aux douleurs de l’arrachement, au manque, à la fin cruelle et forcée de l’enfance.
En bande-son, comme une radiographie des années 80, Carole Fives convoque les ex-gloires du Top 50. Et ce qui aurait pu sonner comme un inventaire un peu lourdingue (le risque était grand !) s’avère faire partie d’un décor, d’une ambiance. Qui forcément nous parlera beaucoup pour peu qu’on ait grandi dans ces années-là, il y a déjà trente ans. « Que nos vies aient l’air d’un film parfait » emprunte, d’ailleurs, son titre à l’une des chansons emblématiques de cette époque, « Amoureux solitaires » de Lio. Alors la chanson (signée Elli et Jacno) résonne en nous tout au long de la lecture, relayée par les ritournelles de Jackie Quartz, de Cookie Dingler et autres Soft Cell. On a tous dansé sur ses chansons-là, soudainement redevenues obsédantes. On a tous connu des petits Tom, quand on ne l’a pas été nous-mêmes.
 
C’est sûr, le roman de Carole Fives nous habitera longtemps. Il mérite amplement la réputation qui commence à lui être faite, quand bien même on est encore loin des déferlements «adamo-bellangero-angotien». Parce que la plume de l’écrivain est belle, énergique et directe, sans pathos ni fioriture. Et parce que son livre est un uppercut, en vérité… qui nous aura fait le plus grand bien.
« Que nos vies aient l’air d’un film parfait », de Carole Fives, éd. Le Passage, 128 pages, 14 euros.
 

Publicités

Une réflexion sur “La vie sépare ceux qui s’aiment…

  1. Pingback: Vues d’auteur 8 – Carole Fives | Le cœur a mes raisons - Laurent Fialaix

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s