L’urgence de rester digne


Au moment où est né ce blog, on a appris la disparition de Jean-Luc Delarue, figure majeure de la télévision des années 90-2000. Ces dernières années, Delarue aura été décrié, critiqué, vilipendé. Coupable de tous les excès, assommant d’arrogance, perché ailleurs, loin, sur une autre planète… on ne lui aura rien épargné, et sans doute l’aura-t-il un peu cherché.
Du coup, depuis quelques heures, sur les réseaux sociaux, outre les agaçants R.I.P d’usage, on voit fleurir un florilège de bons mots, une avalanche de « bonnes » blagues plus ou moins déplacées, quand ce ne sont pas d’acerbes critiques tout aussi malvenues. Sur Facebook comme sur Twitter, cracher sur un cadavre encore chaud est devenu un sport. Ce qu’il se passa il y a peu, à l’occasion de la disparition d’une autre légende de la télé, Thierry Rolland, en témoigne : surtout ne pas prendre le temps du respect, faire fi de la douleur des proches quand bien même il pourrait y en avoir parmi nos « amis » ; se mettre coûte que coûte en avant, soi, pour mieux montrer combien on est drôle, bien informé, tellement intelligent puisqu’on sait taper sur plus « puissant » que nous. Que ne ferait-on pas pour donner l’illusion de briller… Le « Tant mieux, je ne pouvais pas le voir !» que j’ai lu tout à l’heure (à propos de JLD) dans les commentaires d’une page amie m’a laissé glacé devant mon écran.
Peu importe que le personnage ait fini par nous déplaire, à l’heure de son départ n’ayons pas la mémoire courte ! Jean-Luc Delarue, c’était d’abord  (pour les quadras dont je fais partie) nos années lycée, nos années fac. A midi, sur Canal+, « La Grande famille » dominait le PAF, le dépoussiérait. Fini l’obligation du sacro-saint « 13 Heures ». Enfin à ce moment de la journée les programmateurs pensaient aux jeunes qu’on était, et nous donnait de quoi nous informer sans nous emmerder. Le jeune loup régnait alors en maître sur une joyeuse bande d’inconnus qui sont vite devenus nos familiers. On riait devant les gadgets inutiles de Jérôme Bonaldi ou face aux indignations épicuriennes et encore fraîches de Jean-Pierre Coffe. On s’étonnait des absurdités quotidiennes dégotées par Philippe Vandel. Et, alors qu’on se projetait avocat, chirurgien, journaliste ou Président de la République on rêvait d’acheter une épicerie au fin fond de la Creuse sur les conseils passionnés de la rassurante Martine Mauléon… A l’époque, franchement, on se fichait pas mal de ce que faisait Delarue hors caméra, de sa façon de parler à son entourage, de la taille de son saladier, et de ses ambitions impériales…

Bien sûr, il y eut ensuite les années fric, l’arrogance, et tout ce que l’on sait. Mais c’est ce que je veux retenir de lui : « La Grande Famille », et quelques numéros de « Ca se discute ». Notamment ceux consacrés à la dyspraxie, un syndrome alors très méconnu (y compris de nombre de professionnels de la santé et de l’éducation) et qu’il aida à mieux faire connaître, si bien que les familles concernées ne peuvent aujourd’hui encore que lui en être reconnaissants. Je le suis.
Bref, devant la puérile déferlante de commentaires qu’on peut lire ci-et-là, j’interroge : ne peut-on – ne serait-ce que l’espace de quelques jours – s’abstenir de toutes ces nauséeuses élucubrations publiques, cesser les concours de bons mots, se taire, et – pourquoi pas ? – reconnaître le savoir-faire du grand professionnel qu’il était? Nul besoin non plus de ces RIP inutiles et tout aussi démesurés. Seulement de ne plus utiliser les réseaux sociaux comme le défouloir de nos haines. Ou comme le feraient des gamins immatures. Grandir un peu, rester dignes, voilà notre urgence. Ce sera à la postérité de se charger du reste. Certainement pas à nous. 

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4 réflexions sur “L’urgence de rester digne

  1. Je retrouve ta plume avec plaisir et je suis complètement d'accord avec ton titre et ton propos… quand aux enfants dys et l'institution scolaire ou le regard de la société,je t'en raconterai de bien tristes…Heureuse de te relire

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  2. Tout d'abord, merci Laurent pour ce blog, car j'ai autant de plaisir à te lire… Merci aussi pour ce bel hommage à Jean-Luc Delarue. Je voudrais rajouter que, moi aussi, je lui suis reconnaissante d'avoir fait prendre conscience de l'existence des syndromes dys, et notamment de la dyspraxie, qui aujourd'hui encore, ne semblent concerner que ceux qui sont touchés de près. D'ailleurs, il a osé argumenter sur des sujets tabous, qui le sont encore pour la plupart…

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  3. Laurent, il est top ton article sur Jean-Luc Delarue! Tu dis vrai!! Jean-Luc Delarue mérite qu'on ne retienne que ce qu'il a fait de bon! ils sont vraiment pénibles tous ces internautes qui n'interviennent que pour juger méchamment, que pour dire du mal… qu'ils essaient le contraire : ils verront peu à peu que ça fait du bien d'être sympas! Ca rend heureux!

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